LIVRE XL
MaisBrousson, en appelant ses frères étrangers au secours des Cévennes désolées, ne pense nullement leur livrer sa patrie comme les ligueurs à Philippe IL Qui blâmerait les Irlandais de réclamer le bras des Français , si l'Angleterre abattait leurs églises, volait leurs enfants et couvrait leur sol de bûchers, d'échafauds, de potences?
La conduite de Brousson s'explique donc d'elle-même et sa participation au complot de Vivens ne doit pas lç faire descendre de son piédestal , et le faire traiter de faitalique séditieux*; il ne fut ni l'un ni l'autre, et si ses juges n'eussent pas été vendus à Bâville, sa tête eût été sauvegardée par le traité de Ryswyk, qui avait accordé une amnistie générale à tous ceux qui avaient pris part aux troubles précédents. Nous pourrions faire valoir en faveur de Brousson une autre considération , c'est que depuis la lettre écrite à Schomberg, il ne s'était prêté à aucune insurrection, et n'avait cessé de prêcher la patience à un peuple frémissant de colère et d'indignation , auquel il avait appris, par sa douce et persuasive éloquence, à souffrir en silence et à charger Dieu du soin de le venger.
En présence de l'accusation Brousson eût pu lever fièrement la tête, il ne le fit pas; il ne se rappela que la soumission que les sujets doivent à leur souverain, se contentant d'expliquer les motifs qui l'avaient guidé; dans la supplique qu'il adressa au roi pendant son procès , il lui demanda pardon et ajouta humblement : « N'est-il pas digne de la clémence d'un grand prince de pardonner une action commise dans un tel état d'agitation et de trouble?»*
Le procès du pasteur du désert n'était qu'une pure forme; Brousson, accusé de rébellion et de révolte aux lois du royaume, fut condamné à subir d'abord la question ordinaire et extraordinaire, à être ensuite rompu vif sur la roue, et enfin à être attaché après sa mort sur le gibet des malfaiteurs. 3