‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 136 sur 253 · Vie de Claude Brousson, par A. Borrel · texte numérisé non relu

Vie de Claude Brousson, par A. Borrel

Le condamné, victime soumise, baissa la tête sans proférer une plainte, et, comme saint Etienne, ne sut trouver clans son cœur qu'une tendre pitié pour ses bourreaux. Bâville, touché de la résignation du martyr, ordonna que le bourreau le présentât seulement à la torture, lui laissât ses vêtements, ne le touchât que sur l'échafaud et ne lui rompît les jambes qu'après le supplice du gibet.1

Brousson bénit Dieu de cet adoucissement de peine et se prépara à sceller sa glorieuse vie par le martyre.

Le 4 novembre 1698, une potence était dressée au Peyrou, aujourd'hui l'une des plus belles places du monde et alors la place de Grève de Montpellier. Une foule immense, avide et curieuse , était accourue de plusieurs lieues à la ronde, pour voir mourir le célèbre prédicant. Au milieu d'elle se trouvaient des protestants qu'on reconnaissait à leur air triste et abattu et aux larmes fugitives qui s'échappaient de leurs yeux. Brousson, protégé par des soldats qui formaient la haie depuis sa prison jusqu'au lieu du supplice, attirait tous les regards; rien dans sa physionomie ne trahissait la terreur, il monta d'un pas ferme les degrés de l'échafaud, du haut duquel il voulut haranguer la foule; un roulement de dix-huit tambours couvrit sa voix; il fit à son Sauveur le sacrifice de sa dernière prédication, se mit à genoux, recommanda son âme à Dieu et se livra au bourreau qui accomplit son terrible ministère.

Ainsi se termina, à l'âge de cinquante et un ans, la carrière orageuse du martyr.

«Brousson, dit Brueys, en face de ses restes sanglants, était un fou, un séditieux, qui tout fou et fanatique qu'il était, avait été regardé par les religionnaires comme un exemple de sagesse et de vertu. Ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est qu'il se trouva après sa mort des écrivains aussi fols que lui, qui, ne sachant pas ce qui s'était passé à son jugement, ne se firent pas scrupule de mettre au rang des martyrs ce criminel convaincu; la populace et les imbéciles des religionnaires continuèrent à l'admirer.»1

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