‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 138 sur 253 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

teurs bien-aimés; le bourreau introduisait chaque jour, un nouveau deuil dans leurs demeures; mais ce qui leur causait la plus vive peine, c'était la multitude de leurs frères qui encombraient les galères du roi; la pitié, qui pénétrait quelquefois dans les cachots, trouvait une barrière infranchissable à l'entrée des pontons, où ils étaient mêlés aux plus vils scélérats, qui les raillaient et les offensaient par leurs propos obscènes. Leurs gardes-chiourmes épiaient leurs moindres mouvements; la seule désobéissance qu'ils se permettaient était de refuser de lever leur bonnet rouge pendant les offices de la messe, et surtout à l'élévation de l'hostie; on leur administrait la bastonnade; on étendait, dit Court, le galérien protestant tout nu sur le coursier1: deux hommes, quelquefois quatre, lui tenaient les mains et les pieds , tandis que le Turc le plus fort qui fût sur la galère, armé d'une corde goudronnée et trempée dans l'eau de mer, frappait de toute sa force. Le corps rebondissait sous la violence des coups, la chair se déchirait, tout le dos ne formait plus qu'une plaie , qu'on lavait avec du sel et du vinaigre.*

Au moment où nous écrivions ces lignes, l'un de ces livres, dont quelques rares exemplaires ont échappé aux flammes, est tombé entre nos mains; nous l'avons lu avec tout le vif intérêt que nous portons à tout ce qui nous rappelle le glorieux et douloureux passé de la réforme. Ses pages noircies sont une voix qui couvre celles des apologistes de la révocation de Tédit de Nantes et, nous révèle l'exislence de l'un de ces hommes auxquels l'Église chrétienne donne le glorieux nom de martyr. Il le fui par son courage, par sa foi, par ses longues souffrances, par sa mort; le cachot où il expira après dix-sept ans de détention, fut l'autel d'où son âme prit son vol vers les cieux. Ce martyr (il s'appelait Isaac Lefèvre) était né à Chàtel- Chinon, en Nivernais. Il exerçait les fonctions d'avocat au Parlement, quand, à cause de sa foi, il fut condamné aux galères. Le récit qu'il nous a laissé de ses longues souf-

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