‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 139 sur 253 · Gourt, Histoire des camisards, t Ier, p · texte numérisé non relu

Gourt, Histoire des camisards, t Ier, p

frances nous initie à la vie intérieure des bagnes, et nous fait pénétrer dans cet enfer anticipé. Le cœur est saisi d'indignation à la vue de tant de froides atrocités; mais lorsque, dans ces sentines du vice, au milieu des propos obscènes, on entend une voix douce comme celle de la Sulamithe, glorifier le Rédempteur, on admire plus qu'on ne plaint et on bénit Dieu, de ce qu'il fait sortir du fond des cachots une preuve de la vérité de l'Évangile, qui proclame plus fortement sa divinité que la plume d'unLeibnitz ou d'un Abbadie.

Les Jésuites, qui faisaient fonction d'aumôniers du bagne, essayèrent sur Lefèvre tous leurs moyens de conversion : entretiens, conférences, prisons, cachots, bastonnade, jeûne forcé, travail double, rien ne fut oublié. La joie qu'il éprouvait de l'honneur que Dieu lui faisait, de souffrir pour son saint nom, le rendait inébranlable; mais écoutons-le lui-même dans le récit simple et naïf qu'il nous fait de sa vie de galérien.

«Un sous-argousin, qui était ingénieux en malice, demanda qu'on le laissât agir et qu'il savait bien qu'il ferait plus que tous les missionnaires. On lui donna tout pouvoir, hormis de me faire mourir. Tous les jours il cherchait des tourments nouveaux; tantôt il me faisait faire l'eau à tous les bancs de la galère , tantôt il disait qu'on m'avait donné quelque lettre, quoiqu'il sût fort bien le contraire, ou que quelqu'un m'avait parlé ; le tout pour prendre occasion de me battre, quoiqu'il m'eût fouillé et pris tout ce qu'il avait trouvé sur moi, argent et autre chose qui eût pu m'être utile. Il me faisait aller avec une grosse chaîne autour de moi, percer des barils d'eau; pour un qui tomba et qui fut rompu, il me fit tellement battre par celui qu'il faisait venir avec moi, que les gens qui le voyaient le voulaient mener chez le major, pour le faire mettre à la chaîne , de sorte qu'il ne voulut plus venir. Après il me faisait faire ce que vous savez que l'on appelle la bourrasque, moi seul à tous les quartiers, tant de la pompe qu'autres, et de temps en temps il faisait voir quelques taches au sous-comite afin de me faire donner des coups de gourdin, et ils faisaient leur possible pour me faire insulter par les forçats pour tâcher de lasser ma patience. Après quoi , voyant la patience que Dieu, par sa grâce, me donnait, ils ôtèrent

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