‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 149 sur 253 · Saint Paul, épître aux Romains, ch. XII · texte numérisé non relu

Saint Paul, épître aux Romains, ch. XII

de les condamner, nous sommes libre aussi de faire valoir en leur faveur les circonstances atténuantes. L'homme qu'ils mirent à mort était leur plus implacable persécuteur; de sa maison il avait fait un antre de souffrances et de douleurs ; jamais un mot de pitié pour ses nombreuses victimes n'avait effleuré ses lèvres, jamais un sentiment de compassion n'avait ému son cœur froid comme la tombe, dur comme l'acier. On comprend donc que les Cévenols protestants, poussés à bout, aient résolu de'délivrer leurs frères. Sans doute en partant, ils avaient répété avec Séguier : Mort au prêtre de Moloc! Mais si Du Chayla leur eût remis ses prisonniers, il est plus que probable que le terrible drame du Pont- de-Montvert n'eût pas eu lieu; c'est en voyant l'un de leurs frères tomber blessé mortellement que leur fureur ne connut plus de bornes et que l'assaut du manoir commença; nous connaissons le reste.

Quant à l'archiprêtre, il eut le sort qu'il méritait: nous nous trompons, c'était trop d'honneur pour lui de tomber sous les cinquante-trois coups de poignard des Cévenols; il ne méritait que la corde d'un bourreau ou la casaque d'un forçat. Sa mort tragique ne nous le rend pas intéressant, et ce prêtre qu'un prélat appelle «un saint martyr1» nous fait l'effet d'une bête sauvage dont des chasseurs ont débarrassé la contrée.

La nouvelle de la mort de Du Chayla causa une impression profonde dans tout le Languedoc; mais avant de commencer le récit de la guerre dont elle fut le signal, il est nécessaire de jeter un coup d'œil rétrospectif sur le passé, afin de nous faire une idée juste des causes qui amenèrent ce terrible conflit.

Depuis la révocation de l'édit de Nantes, les protestants du Languedoc gémissaient sous le poids de la plus dure oppression, leurs temples avaient été rasés et leurs pasteurs proscrits; les galères, les prisons et le gibet avaient été le pain quotidien de ceux qui avaient eu le courage de leur

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