LIVRE XL
foi. Un moment cependant ils crurent à leur délivrance ou tout au moins à un adoucissement de leurs maux. Quand Louis XIV fut forcé, à la paix de Ryswyk (1697), de reconnaître Guillaume d'Orange pour roi de la Grande- Bretagne, les réfugiés qui avaient aidé le stalhouder de Hollande à monter sur le trône de son beau-père, lui demandèrent la récompense de leurs loyaux services; ils attendaient donc l'heure si désirée de retourner dans leur patrie tant aimée; mais Louis XIV se montra inflexible, et les princes protestants qui lui avaient présenté des requêtes en leur faveur n'insistèrent pas. Les réfugiés demeurèrent donc sur la terre étrangère pendant que leurs frères de France continuèrent à gémy* sous l'oppression , car la paix de Ryswyk, dont ils attendaient tant, n'amena avec elle qu'un accroissement de maux dont les populations protestantes du Languedoc recueillirent la plus grande part parce qu'ils avaient une foi religieuse à la hauteur de leurs infortunes. L'arsenal déjà si riche des lois oppressives s'enrichit de lois nouvelles; on s'était aperçu, mais trop lard, des pertes immenses que l'État avait faites depuis la grande émigration, on voulait retenir ceux qui, chaque jour, essayaient de franchir les frontières, on défendit donc aux capitaines de vaisseaux, sous peine de confiscation de leurs navires , de recevoir des réformés sur leurs bords pour les transporter sur la terre étrangère1; mais comme l'expérience avait révélé tout ce que cette défense avait d'illusoire pour ceux des proscrits qui avaient de l'argent, on pensa que le meilleur moyen de la rendre efficace c'était l'interdiction de la vente de leurs biens, meubles et immeubles, avant trois ans, sauf à prolonger le délai si c'était nécessaire2. A la défense de sortir du royaume on ajouta une peine : les galères perpétuelles pour les hommes, la prison perpétuelle pour les femmes, pour tous la conliscation des biens. 3
Dans la crainte qu'au milieu de tant de déclarations, les réformés n'eussent oublié celle du 29 avril 1686, on la leur rappela par une nouvelle4 qui leur apprit que les ma-