LIVRE XXXVI
ponse. Nicole se mit à l'œuvre, et le petit traité devint un gros volume.1
Au lieu d'une escarmouche, on eut une bataille rangée, dans laquelle Nicole fit un grand étalage d'érudition, mais négligea de suivre son adversaire sur le terrain où celui-ci affirmait, à juste titre, que devait se livrer le combat. «Il ne suffit pas, disait Claude, que M. Nicole prétende que le dogme de la présence réelle a été cru dans l'Église pendant plusieurs siècles, il faut qu'il établisse qu'il Ta été depuis le jour où le Seigneur Jésus institua le sacrement de la Sainte-Cène. » Or, son adversaire ne s'occupait pas des quatre premiers siècles, il donnait pour raison que si, depuis le onzième ou le douzième siècle, le dogme de la présence réelle avait été admis dans l'Église, il devait Tavoir été nécessairement dans les précédents. Dans l'impossibilité de fournir ses titres de propriété, il invoque la prescription; c'était l'aveu tacite de son impuissance; aussi c'est ce qui faisait dire au médecin Menjot: «qu'on me fasse voir que la foi à la présence réelle a été celle des quatre premiers siècles, et je me rends.»1
A cette époque , Claude , qui était devenu l'un des pasteurs de l'église de Charenton, avait parmi les réformés la place que Bossuet occupait parmi les catholiques ; ils étaient dignes de se mesurer. L'évêque était supérieur au ministre par l'éclat du talent et la facilité d'élocution ; mais le ministre suppléait aux dehors qui lui manquaient par une science approfondie des Saintes-Écritures, par une logique puissante et serrée. Une occasion mit les deux adversaires en présence : M116 de Duras, qui se disposait à abjurer, eut l'idée de masquer sa retraite à l'aide du grand nom de Bossuet; elle provoqua une conférence entre le prélat et le ministre : Claude , qui ne soupçonnait pas le piège , consentit à débattre devant M1,e de Duras la question de l'Église ; il ne fut pas au-dessous de son redou-
1. La première édition est connue sous le nom de la Petite perpétuité; la seconde sous celui de la Grande perpétuité