‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 151 sur 253 · Me?n, 30 janvier · texte numérisé non relu

Me?n, 30 janvier

lades qui recouvreraient la santé, après avoir refusé les sacrements de l'Eglise, seraient condamnés, les hommes aux galères, les femmes à la perte de leurs biens, à faire amende honorable et à la clôture perpétuelle. A cette pénalité on en ajouta une autre, ou plutôt on leur rappela que s'ils mouraient en persistant dans leur foi, leurs corps seraient traînés sur la claie et jetés à la voirie.

Ces déclarations rendaient leur position insupportable. On leur volait leurs enfants, on tourmentait leurs malades, on profanait leurs morts. Ils étaient enlevés sans forme de procès à leurs familles, et jetés dans d'affreux cachots. Si le besoin de consolation et d'édification les faisait soupirer après leurs assemblées religieuses, ils n'y assistaient qu'en s'expôsant aux plus grands dangers; souvent elles étaient dissipées et écharpées par les dragons, ceux qui étaient faits prisonniers avaient pour salaire de leur désobéissance, les galères ou la potence. Il restait aux infortunés Languedociens un port de refuge. Après la paix de Ryswyk, le culte réformé avait été rétabli à Orange, cédée par Guillaume à la France, sous la condition que les protestants pourraient y célébrer leur culte. Le jour où ils l'apprirent fut, pour eux, un jour d'allégresse. Un grand nombre d'entre eux se dirigèrent vers cette ville; le cœur leur battait de joie; ils allaient entendre, encore une fois, la voix aimée de leurs ministres, et chanter leurs psaumes sans la crainte des dragons. Leur joie fut courte, les habitants de Caderousse les attendirent à leur retour, les maltraitèrent, les volèrent, leur ôtèrent leurs vêtements et les conduisirent au château de Roquemaure, d'où Bâvîlle les fit transférer à Montpellier pour y être jugés: soixante et onze hommes furent condamnés aux galères et dix-neuf femmes à être rasées et renfermées dans le château de Sommières.1

Bàville pensa que le meilleur moyen de tenir les religionnaires dans l'obéissance, c'était d'inaugurer le règne de la terreur ; mais le terrible proconsul qui ne connaissait pas la puissance des convictions religieuses, devait apprendre qu'il est, dans un violent incendie, un moment où l'eau qu'on lance pour l'éteindre ne fait que l'attiser.

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