‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 153 sur 253 · LIVRE XU · texte numérisé non relu

LIVRE XU

à ce moment, que les auditeurs de Lotivreleuil, croyant voir déjà briller à leurs yeux l'épée du terrible Cévenol, furent saisis d'une terreur panique. L'orage qui un instant les avait menacés, tomba sur le manoir du châtelain de la Devèze. Le gentilhomme ayant refusé d'ouvrir ses portes, les insurgés les enfoncèrent, et ne se retirèrent qu'après avoir livré le château aux flammes. 1

Dès qu'il eut appris la mort de Du Chayla, Bâville se mit en mesure de la venger. Le comte de Broglie, à la tête de deux mille hommes, se porta vers le Pont-de-Montvert. Il l'eût incendié, si les deux capucins qui avaient recueilli le corps de l'^rchiprêtre, n'eussent attesté l'innocence de ses habitants2. Le comte se mit à la poursuite du prophète, aidé du colonel de Mirai et du capitaine Poul. Ce dernier, qui devint plus tard célèbre dans la guerre des Camisards, était un soldat de fortune, qui avait gagné ses épaulettesà grands coups d'épée; il appartenait à la classe de ces braves si connus dans les armées françaises, qui s'électrisent au son du clairon, s'enivrent de l'odeur de la poudre et regardent la mort sans sourciller, l'ayant donnée avec leur sabre sans sentir le moindre tremblement dans leurs mains. Il avait guerroyé contre les Allemands, les Hongrois, les Turcs, et en dernier lieu contre les infortunés Vaudois des vallées du Piémont. Dans cette dernière guerre, il s'était particulièrement distingué par son audace et sa férocité et y avait terminé le terrible apprentissage qui le rendait singulièrement propre à la guerre des Cévennes. Sa haute taille, sa voix rauque, sa taciturnité, son courage à toute épreuve l'avaient désigné à Bâville comme l'un des hommes les plus aptes à le seconder dans ses projets de pacification ; son nom seul était un épouvantait pour les Cévenols, qui ne se le représentaient qu'avec son long et pesant sabre d'Arménie, avec lequel il coupait des têtes avec la plus grande dextérité3. Tel était Poul, qui, brûlant du désir d'atteindre Séguier et d'en faire

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