Court, t. Ier, p
a. >'ap. Pevrat, t. 1er, p. 303-304.
bonne et prompte justice, se mit vigoureusement à sa poursuite et l'atteignit à Font-Morte. Les insurgés, à la vue de Poul qui, monté sur son cheval d'Espagne et suivi de ses soldats, fondait sur eux avec la rapidité de la foudre, prirent la fuite, après avoir déchargé leurs fusils contre les troupes royales qui leur firent plusieurs prisonniers, au nombre desquels était le prophète.
Poul , qui avait blessé plusieurs insurgés , coupé la tête à l'un, fendu le crâne à un autre, était radieux de sa prise. Il promenait son regard triomphant sur la figure impassible de Séguier, qui semblait étranger à tout ce qui se passait autour de lui. «Maintenant que je te tiens, lui dit le terrible capitaine, comment t'attends-tu qufc je te traite?
— Comme je t'aurais traité toi-même,» -répondit froidement le prophète.1
Le procès des prisonniers ne fut pas long : leurs juges les condamnèrent à mort. L'arrêt portait que Séguier aurait le poing coupé et qu'il serait brûlé vif dans le lieu même où il avait donné le signal de la mort de l'archiprêtre.
Devant ses juges, Séguier conserva son calme et sa fierté sauvage.
«Votre nom? lui demanda le président.
— Séguier.
— Pourquoi vous appelle-t-on Esprit?
— Parce que l'esprit de Dieu est avec moi.
— Votre domicile?
— Au désert et bientôt au ciel.
— Demandez pardon au roi!
— Nous n'avons d'autre roi que l'Éternel.
— N'avez-vous pas, au moins, remords de vos crimes?
— Mon âme est un jardin plein d'ombrages et de fontaines. »
Sur son bûcher le prophète fut sublime et superbe. Il vit tomber sa main sous le tranchant du couperet, comme si c'eût été celle d'un étranger, et du milieu des flammes sa figure s'illumina. « Frères , cria-t-il aux assistants, attendez et espérez en l'Éternel! Le Carmel