‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 156 sur 253 · LIVRE XLÏ · texte numérisé non relu

LIVRE XLÏ

tion de l'édit de Nantes et reçu du roi une pension de deux mille livres; depuis cette époque il était devenu le persécuteur implacable de ses anciens coreligionnaires, dans l'espérance de faire croire à sa sincérité et de gagner les bonnes grâces du roi. Bâville, qui le crut rallié de cœur, lui fit donner la charge d'inspecteur sur les nouveaux convertis et celle de colonel des milices. Saint-Côme déploya une grande activité, découvrit plusieurs assemblées qui furent dispersées ou écharpées, et devînt la terreur des protestants de Nîmes et de la Vaunage. Un paysan du Cayla, près Aiguemorte, nommé Abdias Maurel, résolut de frapper le meurtrier de ses frères. Maurel avait servi sous Catinat, en Italie, dans un régiment de dragons. Il conçut une telle admiration pour lui , qu'il en parlait sans cesse à ses camarades, qui lui donnèrent par dérision le nom de leur général, sous lequel il devait acquérir, dans la guerre des Cévennes, une grande célébrité. Catinat, nous lui donnerons à l'avenir ce nom, était de haute taille; toute sa physionomie dénotait la force; il agissait beaucoup, réfléchissait peu et ne voyait pas le danger, parce qu'il n'y pensait jamais. C'était le premier des braves parmi les braves. Sa figure basanée, son regard farouche inspiraient la terreur; et cependant , dans le commerce journalier de sa vie, i! était doux comme un agneau, mais cet agneau devenait lion dans un jour de rencontre et de combat. Comme tous les Cévenols zélés pour leur foi , il haïssait mortellement les prêtres. Saint-Côme, auquel il ne pouvait pardonner son apostasie et ses cruautés, lui était particulièrement odieux. Il jura d'en débarrasser la contrée; il tint parole. Il communiqua son projet aux deux frères David du Cayla, à Rancillon et Benezet de Vauvert, et à Boudon de Bernis, qui l'approuvèrent.1

Quelques jours après (13 août 1702), le baron de Saint-Côme allait en calèche de Codognan à Vauvert, accompagné d'un seul domestique, quand, tout à coup, Catinat et ses complices se jetèrent sur lui, s'emparèrent de ses propres armes et le tuèrent.2

Ce meurtre, exécuté presque sous les yeux de Bâville

1 . Haag, France protestante, art. Abdias Maurel. — Kap. Peyrat, t. Ier, p. 311. — Court. — Brueys.

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