‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 161 sur 253 · Mémoires de Cavalier · texte numérisé non relu

Mémoires de Cavalier

les autres étaient Joanny, Salomon et Abraham, les deux compagnons de Séguier/qui se partagèrent fraternellement le commandement.

Joanny était âgé de quarante ans environ ; il avait quitté de bonne heure Genouillac, son lieu natal, pour servir comme maréchal-des-logis dans le régiment d'Orléans; c'était un Cévenol hardi, téméraire, possédant cette fougue qui dans un capitaine électrise les soldats, leur voile les plus grands dangers , et les pousse à des entreprises qui, une fois accomplies, les frappent d'étonnement.

Les Cévenols étaient dignes de leurs chefs. L'indignation les avait fait courir aux armes. Chacun avait un père', une mère , un frère , une sœur, un ami à venger. De plus ils se sentaient hors la loi et savaient que, s'ils ne mouraient pas sur un champ de bataille, ils périraient par la main d'un bourreau. Inférieurs en nombre aux troupes royales , ils avaient pour égaliser les chances de la guerre leurs vallées profondes, leurs montagnes abruptes, leurs prophètes, le sentiment de la justice de leur cause.

Il y a dans l'attitude de ces hommes quelque chose qui impressionne vivement , surtout quand le prince , devant lequel ils ne veulent pas courber la tête, est le sultan de Versailles, qui fait la loi à l'Europe et répand au loin la

terreur de son nom On pressent tout ce que la lutte

aura de terrible, parce que d'un côté il y a l'orgueil royal qui s'irrite à l'idée même d'insoumission , et de l'autre la foi religieuse qui veut tout céder , excepté de se céder elle-même ; ces pâtres deviendront des héros et quand on les traitera d'insurgés et de rebelles , ils pourront dire à leurs accusateurs ce que Cavalier écrivait au jeune comte de Roure :

«Si nos amis et nous, avons pris les armes, ce n'est pas pour attaquer, c'est pour nous défendre. La cruelle persécution que l'on nous a faite depuis vingt ans , et qui augmente tous les jours , nous y a contraints. Puisqu'on ne veut pas nous laisser en repos chez nous et qu'on veut nous obliger à abandonner une religion que nous croyons bonne, et qu'on veut nous forcer d'aller à la messe et de nous prosterner devant les images de bois et de pierre, contre les lumières et les mouvements de notre conscience, nous aimons mieux mourir les armes à la main que de

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