LIVRE XLI
nous damner. Nous sommes prêts à quitter les armes et à les employer, ainsi que nos biens et nos vies, pour le service du roi, dès le moment qu'on voudra bien nous accorder la liberté de conscience et la délivrance de nos parents , de nos frères et de nos amis qui sont sur les galères ou qui sont renfermés pour cause de religion dans les prisons ; et qu'on cessera de faire souffrir aux protestants, pour la même cause, des morts cruelles et ignominieuses ...»
Avant de suivre ces hommes énergiques et résolus aux prises avec les troupes royales, jetons un coup d'œil sur la contrée qu'ils ont remplie de leurs souvenirs.1
Longtemps avant que les Cévennes devinssent le théâtre sanglant de la guerre étrange et terrible que nous allons raconter, elles avaient reçu la semence de l'Évangile ; elle y avait été apportée par les Vaudois et les "Albigeois, qui vinrent chercher sur leurs cimes abruptes et au fond de leurs vallées profondes un asile contre la haine de leurs persécuteurs. Quand le grand mouvement religieux du seizième siècle éclata, la réforme trouva dans les Cévennes un terrain bien préparé; les habitants qui, comme tous les montagnards, avaient un esprit d'indépendance qui leur rendait odieux tout despotisme, celui du soldat comme celui du prêtre, prêtèrent une oreille avide aux discours de ceux qui attaquaient le papisme. En 1533 , Nîmes avait déjà donné le signal de l'insurrection, et le sénéchal Charles de Crussol l'avait constaté en faisant défendre les assemblées religieuses.
Le parlement de Toulouse fit des efforts inouïs pour éteindre l'incendie naissant, mais le feu de Nîmes se propagea autour de la ville, gagna laYaunage et le Languedoc, pénétra dans les vallées, et monta sur les montagnes; des Vaudois échappés des massacres de Cabrière et de Merindol accrurent plus tard le nombre des partisans des idées nouvelles ; une lutte terrible s'engagea, les bûchers flamboyèrent, mais le courage des martyrs fut à la hauteur de