‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 164 sur 253 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

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résignation que ne le supposait leur nature ardente , vive, qui les portait à recourir plus facilement au bras de la chair qu'à celui de l'esprit. Quoique leur sol fût rougi de leur sang, trempé de leurs larmes et qu'un grand nombre de leurs membres les plus fidèles fussent sur la terre étrangère ou sur les galères du roi, ils n'avaient pas encore été visités par Bâville et par ses dragons, par Du Chayla et par ses missionnaires; ce fut seulement quand la coupe de douleur fut comble qu'ils s'insurgèrent.

Les Gévennes s'étendent dans la direction du nord au sud, dans une étendue de près de 320 kilomètres, et forment un gigantesque trait d'union entre les Alpes et les Pyrénées, dont elles n'ont ni la grandeur ni la majesté; mais elles ont un cachet d'originalité qui leur est propre et laissent dans ceux qui les visitent, un souvenir qui ne s'efface pas. Elles ont des sommets dont plusieurs ne se dépouillent de la neige qui les couronne pendant l'hiver, qu'au milieu de l'été. A l'extrémité nord-ouest s'élève le Gerbier-de-Jonc, du pied duquel sortent la Loire qui coule vers l'ouest, et l'Ardèche qui coule vers l'est. Au sud se dressent l'Aigoal et l'Espérou. En plusieurs endroits et notamment aux environs de Vais, renommé par ses eaux minérales, elles offrent des traces de volcans depuis longtemps éteints. Leurs vallées sont riantes, sombres, fertiles, arides; on y trouve tous les climats, un soleil glacé en hiver, ardent en été : les printemps y sont variables, mais l'automne y rappelle les plus beaux hivers de l'Italie méridionale.

Les Cévennes forment trois grandes divisions, les Ilautes- Cévennes , les Basses-Cévennes et la plaine.

Les Hautes-Cévennes, qui commencent au nord des Boutières et finissent à Âlais, paraissent formées par la nature pour une guerre île partisans. Au commencement du dix-septième siècle, elles étaient presque inaccessibles à cause du manque de voies de communication. Moins favorisées que les Basses-Cévennes, elles ont de longs hivers , de courts étés et un climat extrêmement

variable; leurs habitants étaient actifs, industrieux, sobres; leur principale richesse étaient les bestiaux, les chevaux, les mulets et les troupeaux de moutons de la plaine , qui , fuyant les chaleurs de l'été, venaient paître sur leurs montagnes. Obligés de lutter sans cesse contre les torrents dévastateurs et les pluies diluviennes, ils leur opposaient, à force de persévérance, des barrières avec des murs et des terrassements qui, de nos jours, excitent encore l'admiration des rares touristes qui remontent l'Ardèche par Vallon, Aubenas et Vais. Agriculteurs pendant l'été, les Cévenols étaient industriels pendant l'hiver; nul mieux qu'eux ne savait manier la navette du tisserand, le peigne du cardeur; leur gain était petit, mais ils se contentaient de peu. Des affaires importantes se traitaient dans ces contrées à demi sauvages; en 1788, le commerce seul des serges rapportait cinq millions.

Les Basses-Cévennes commencent à la hauteur d'Alais, de Saint-Jean du Gard et de Meyrueis; la contrée, à partir de ces lieux, est abrupte, sauvage, aride; des montagnes élevées, au-dessus desquelles se dressent l'Espérou et l'Aigoal , lui donnent un aspect qui ne manque pas de grandeur ; chacune de ces montagnes ressemble à une citadelle, chaque sommet à un fort, chaque vallée à un fossé, chaque grotte à une casemate. Les habitants de cette partie des Cévennes étaient petits, ils avaient la figure maigre, le teint brûlé, l'œil vif, brillant, l'esprit intelligent, le cœur ardent jusqu'à l'amour et à la haine; comme les montagnards des Hautes-Cévennes, ils étaient actifs, industrieux, faisaient paître de nombreux troupeaux sur leurs montagnes, tissaient les serges et les cadis, cultivaient le mûrier et faisaient un commerce considérable avec la plaine; la pauvreté leur était inconnue, parce qu'il n'y avait ni oisiveté ni immoralité au milieu d'eux.

Le versant oriental des Basses-Cévennes conduit à la plaine qui commence à Nîmes, s'étend jusqu'à Beaucaireet à Sommières, et, en collines légèrement ondulées, va se perdre dans les marais de Vauvert et d'Aiguemorte. Cette contrée, d'une fertilité étonnante, se couvrait en été de riches moissons; tous les arbres fruitiers du midi de l'Espagne et de l'Italie y croissaient, le mûrier y donnait sa soie, l'olivier son huile , la brebis sa toison, l'industriel

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