LIVRE xu
Les raisors tTEspérandleu parurent justes: on vota, et Cavalier, malgré son extrême jeunesse , obtint le plus de voix. «J'accepte, dit-il à sa troupe, mais sous la condition que j'aurai sur vous droit.de mort sans même assembler un conseil1.» Son instinct plus encore que la réflexion lui fit sentir que la dictature militaire était le plus impérieux besoin du moment.
Le jeune chef justifia la confiance de sa troupe; en quelques mois il la rendit célèbre. A Vaquières, près du bois d'Hieuzet, il se trouva en face du capitaine Bimar, commandant de trois compagnies; il le vainquit et demeura maître du champ de bataille, sur lequel lui et sa troupe psalmodièrent des psaumes et rendirent à Dieu des actions de grâces. Quelques jours après, il battit les troupes [royales à Céndras et à Saint-Côme, et des uniformes et des armes des morts il habilla et arma ses braves Cévenols 2, avec lesquels il tenta une entreprise dans laquelle il déploya autant d'audace que de présence d'esprit.
11 y avait entre Alais et Uzès un château appelé Servas, dont la garnison, qui s'était montrée cruelle à l'égard des protestants, incommodait les insurgés dans leurs courses; Cavalier, qui ne' pouvait s'introduire de vive force dans le château, résolut de s'en emparer par la ruse. Il fit enchaîner six de ses soldats et les mit sous la garde de trente autres habillés comme les troupes royales et marcha à leur tête, revêtu d'un costume d'officier. Il laissa sa troupe derrière lui, s'avança hardiment jusqu'aux portes du village et demanda le consul.
Celui-ci arrive ; à la vue du brillant officier il s'incline.
«Je suis, lui dit Cavalier, le neveu de M. de Broglie; j'ai fait ces six prisonniers; je crains que les insurgés qui sont à ma poursuite, ne me les enlèvent; allez demander, de ma part, au commandant du château la permission de les faire coucher dans ses prisons.))
Le consul s'incline de nouveau, et part; bientôt après
!.. Mémoires de madame Du Noyer, t. IV, p. 125, 2. Brueys, — Court. — Nap. Peyrat,
arrive le commandant, qui, fier de recevoir le neveu de M. de Broglie, lui offre un lit et des rafraîchissements.
Cavalier refuse, hésite, finit par accepter, et, suivi de sa troupe, il entre dans la cour du château.
Pendant les préparatifs du dîner le commandant conduit le faux neveu de M. de Broglie sur la plate-forme du château et lui en fait admirer la position formidable; quelques moments après on se met à table; Cavalier cause avec grâce et amabilité, et entretient son hôte des graves événements qui dans ce moment préoccupent tous les esprits; le commandant prête une oreille attentive. Pendant ce temps-là les trente hommes de Cavalier, le fusil en bandoulière, pour ne pas éveiller les soupçons, se glissent sans bruit dans le château; quand leur chef croit le moment propice, il fait à ses gens le signal convenu; ils se jettent sur le commandant et la garnison, les immolent, s'emparent des munitions de guerre et de bouche, se retirent à la lueur de l'incendie du château, qu'ils ont livré aux flammes , et vont camper dans un bois distant d'uhô heure de Servas.1
Le jour de Noël approchant, Cavalier convoqua une assemblée au Mas de Cauvi auprès de la grande et belle prairie d'Alais. Le 24 décembre (1702), avant le jour, il s'y rendit avec sa troupe composée d'environ quatre-vingts hommes. Dès que l'assemblée fut formée , l'exercice religieux commença par le chant des psaumes.
Le chevalier de Guines, qui commandait dans Mais, averti de ce qui se passait, se mit à la tête de six cents hommes de la bourgeoisie et de cinquante gentilshommes et se porta vers Cauvi. Cavalier, prévenu de son arrivée, congédia l'assemblée, fit avec la rapidité de l'éclair ses dispositions, et attendit de pied ferme.
Guines , qui ne voyait dans les insurgés que de misérables pâtres, s'avança vers eux avec confiance, précédé de la noblesse désireuse de commencer le combat. Quand elle fut à une portée de fusil de Cavalier, elle fit une décharge, qui ne fit aucun mal; les insurgés ripostèrent, chacun de
J. Ant. Court, t. Ier, p. 110 et sujr.