LIVRE XLI
leurs coups porta, les gentilshommes tournèrent bride, et dans leur fuite , mirent le désordre dans la garde bourgeoise, qui à son tour se mit à fuir.
«En avant! cria Cavalier à sa troupe, en avant! » et ses soldats poursuivent les fuyards l'épée dans les reins. Le chevalier de Guines cherche à les rallier; prières , menaces, tout est inutile; c'est à qui jettera ses armes pour mieux courir ... les vainqueurs jettent leurs habits pour les mieux poursuivre . . . Alais est dans la consternation; Un moment ses habitants craignent d'y voir entrer pêlemêle les insurgés avec les fuyards ... ils ne sont rassurés que lorsqu'ils voient lesj derniers s'arrêter à une portée de mousquet de leurs portes et puis rebrousser chemin.1
Les pertes du chevalier de Guines furent considérables: il laissa une quantité de munitions, d'habits et d'armes au pouvoir de Cavalier, qui alla sur le champ de bataille rendre grâces à Dieu de sa victoire.
Ce triomphe donna une confiance extraordinaire aux insurgés et leur fit tenter des coups de main d'une audace inouïe. Trois jours après, Cavalier se joignit à Roland et résolut, de concert avec lui, de désarmer la garnison de Sauve, petite ville fortifiée, située sur le Vidourle, entre Saint-Hippolyte et Anduze.
Ils firent incendier l'église de Monoblet par l'un de leurs détachements pour y attirer la garnison de Sauve, formèrent une compagnie de cinquante hommes vêtus comme les troupes royales et mirent à leur tête deux officiers avec ordre de se présenter aux portes de la ville et de demander des rafraîchissements, pendant qu'ils s'avanceraient euxmêmes à petits pas avec le gros de la troupe.2
Les deux officiers , fidèles à leur consigne, se présentèrent aux portes de Sauve, qui s'ouvrirent sans difficulté; on prit l'un d'eux pour un lieutenant-colonel de M. de Broglie. Il entra d'un pas décidé, rangea sa compagnie en bataille sur la place publique et se fit conduire chez M. de Vibrac, un des seigneurs du lieu, au moment où il allait se mettre à table. Celui-ci invita le colonel et son adjudant à partager son repas. Ils acceptèrent ; la conversation roula
1. Mémoires de Cavalier, p. 75. — Court. — Brueys. — Nap Peyrat.