‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 171 sur 253 · Ant. Court, t. Ier, p · texte numérisé non relu

Ant. Court, t. Ier, p

sur les insurgés; le faux colonel les traita de pâtres, de misérables mendiants, dont le roi ferait bonne et prompte justice. En face de lui se trouvait la jeune et spirituelle madame de Sauve, qui l'observait.

Au dessert , le bruit se répandit que les mécontents s'approchaient de la ville; la jeune dame, vivement alarmée , cachant ses soupçons et feignant de croire que ces hôtes étaient des officiers de M. de Broglie, les conjura de courir aux portes pour en défendre l'entrée. Ceux-ci ne se démasquèrent pas encore, se levèrent de table et, faisant semblant de courir à l'ennemi, allèrent rejoindre leur détachement qui les attendait en ordre de bataille sur la place.

Ils avaient à peine franchi le seuil de la porte du château que la jeune dame dit à son mari avec une voix tremblante de frayeur : «Ne sortez pas,» et elle poussa une porte de fer.

Les habitants de Sauve, à la nouvelle de l'approche des insurgés, étaient accourus en armes pour s'opposer à leur attaque; dans ce moment, le faux colonel se démasqua: «A bas vos armes!» cria-t-il d'une voix terrible à la garnison et aux bourgeois ; ces mots et les cinquante fusils braqués sur eux les terrifièrent, les portes s'ouvrirent; Cavalier et Roland suivis de leurs troupes, pénétrèrent dans la ville qui se rendit à discrétion; on s'attendait à un massacre : il n'y eut de sang versé que celui d'un capucin et de trois curés, signalés à la haine des huguenots par leurs cruautés. Les camisards se retirèrent chargés d'un riche butin et à la lueur de l'incendie de l'église.*

Le surnom de ca m isard, donné aux insurgés, a, comme celui de parpaillot et de huguenot, exercé la sagacité des historiens; quelques-uns ont prétendu qu'il leur fut donné parce qu'ils changeaient leurs chemises sales contre des blanches dans les lieux dont ils s'emparaient. A Ganges, un plaisant dit à ceux qui en avaient été dépouillés et qui se plaignaient amèrement: De quoi vous plaignez-vous?

1. Mémoires de Cavalier, p. SO. — Louvreleuil, t. Ier, p. 113. — Brueys, t. III, p. 43. — Court, t. Ier, p. 109 et suiv. — Nap. Peyrat.

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