‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 173 sur 253 · Court, t. Ier, p · texte numérisé non relu

Court, t. Ier, p

spiraient était si grande que les camisards ne redoutaient rien; ils couraient au feu sans crainte : prisonniers, ils allaient au supplice enchantant; « on brisait leurs os, on ne brisait pas leur cœur. » 1

Dans le livre si curieux et si intéressant de Misson, nous trouvons quelques pages sublimes par leur simplicité éloquente et par le ton de vérité et de conviction qui y règne: elles nous font assister aux scènes émouvantes qui se passa ent au milieu des camisards et nous révèlent l'un des côtés les plus intéressants et les plus extraordinaires de leur histoire; nous pourrions faire des extraits de ces pages, nous préférons les citer.

« Tout ce que nous faisions, dit Durand Fage, natif d'Aubaïs, soit pour le général, soit pour notre conduite particulière, c'était toujours par ordre de l'Esprit. Les plus simples, les enfants même étaient nos oracles, surtout quand ils insistaient dans l'extase, avec redoublement de paroles et d'agitations , et que plusieurs disaient la même chose.

<l Était-il des occasions de grande importance? nous nous jetions tous à genoux; on faisait une prière générale, et chacun demandait à Dieu qu'il lui plût de nous diriger dans l'affaire dont il s'agissait ; et voilà incontinent qu'en divers endroits on apercevait quelqu'un saisi de l'Esprit, et que tous les autres couraient pour entendre œ qui serait prononcé. Dès que tous les Inspirés avaient dit la même chose par rapport à ce qui était en question, nous nous mettions aussitôt en devoir d'obéir. Ainsi , devions-nous attaquer l'ennemi? étions-nous poursuivis ? la nuit nous surprenait-elle ? craignions-nous les embuscades ? arrivait-il quelque accident? fallait-il marquer le lieu de l'assemblée? aussitôt la prière était ordonnée: «Seigneur, disions-nous, fais-nous connaître ce qu'il te plaît que nous fassions pour ta gloire et notre bien. » Et Y Esprit nous répondait et nous disait ce que nous devions faire.

« La mort ne nous effrayait point; nous ne faisions aucun cas de notre vie, pourvu qu'en la perdant pour la querelle de notre Sauveur, et en obéissant à ses commandements, nous remissions nos âmes entre ses mains. Lorsque

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