LIVRE XLI
ta mort était prédite à quelqu'un de nous, aussitôt celui-là se remettait entre les mains de Dieu et se résignait à sa volonté avec confiance, s'estimant heureux de le pouvoir glorifier dans la mort comme dans la vie. On n'entendait point dire qu'aucun de ceux qui étaient appelés , et le nombre en était grand, à sceller la vérité par leur sang, eût la moindre tentation de racheter sa vie par une lâche révolte, comme plusieurs auraient pu le faire, s'ils avaient voulu. Ce même Esprit-Saint qui les avait tant de fois assistés, les accompagnait jusqu'au dernier moment.
« Lorsqu'il s'agissait d'aller au combat, et que Y Esprit nous avait fortifiés par ces bonnes paroles : — « N'appréhendez rien, mes enfants, je vous conduirai, je vous assisterai,» — nous entrions dans la mêlée, comme si nous étions vêtus de fer, ou comme si les ennemis n'eussent eu que des bras de laine. Avec l'assistance de ces heureuses paroles de Y Esprit de Dieu, nos petits garçons de douze ans frappaient à droite et à gauche, comme de vaillants hommes. Ceux qui n'avaient ni sabres ni fusils , faisaient des merveilles à coups de perches et à coups de frondes ; et la grêle des mousquetades avait beau siffler à nos oreilles, et percer nos chapeaux et nos manches; comme Y Esprit nous avait dit : « Ne craignez rien,» cette grêle de plomb ne nous inquiétait pas plus qu'aurait fait une grêle ordinaire.
« Il en était de même dans toutes les occasions, lorsque nous étions guidés par nos Inspirations. Nous ne posions point de sentinelles autour de nos assemblées, quand Y Esprit, qui avait soin de nous, nous avait déclaré que cette précaution n'était pas nécessaire; et nous aurions cru être sn sûreté sous les chaînes et dans les cachots dont le duc le Berwick et l'intendant Bâville auraient été les portiers, si Y Inspiration nous eût dit : «Vous serez délivrés. »
(( Il faudrait de gros volumes , écrivait Élie Marion 'Théâtre sacré des Cévennes), pour contenir l'histoire de outes les merveilles que Dieu a opérées par le ministère les Inspirations qu'il lui a plu de nous envoyer. Je puis protester devant lui qu'à parler généralement elles ont été |ios lois et nos guides, et j'ajouterai avec vérité, que lorsju'il nous est arrivé des disgrâces, c'était pour n'avoir )oint obéi ponctuellement à ce qu'elles nous avaient corn-
mandé, ou pour avoir fail quelques entreprises sans leur ordre.
ce Ce sont nos Inspirations qui nous ont mis au cœur de quitter nos proches, et ce que nous avions de plus cher au monde pour suivre Jésus-Christ et pour faire la guerre à Satan et à ses compagnons. Ce sont elles qui ont donné à nos vrais inspirés le zèle de Dieu et de la religion pure, l'horreur pour l'idolâtrie et l'impiété; l'esprit d'union et de charité, de réconciliation et d'amour fraternel qui régnait parmi nous ; le mépris pour les vanités du siècle et pour les richesses iniques; car l'Esprit nous a défendu le pillage , et nos soldats ont quelquefois réduit des trésors en cendres avec l'or et l'argent des temples et des idoles, sans vouloir profiter de cet interdit. iNotre devoir était de détruire les ennemis de Dieu, non de nous enrichir de leurs dépouilles; et nos persécuteurs ont diverses fois éprouvé que les promesses qu'ils nous ont faites des avantages mondains n'ont point été capables de nous tenter.
« C'est uniquement par les Inspirations et par le redoublement de leurs ordres que nous avons commencé notre sainte guerre. Comment un petit nombre déjeunes gens, simples, sans éducation et sans expérience, auraient-ils fait tant de choses, s'ils n'avaient pas eu le secours du ciel? Nous n'avions ni force, ni conseil; mais nos Inspirations étaient notre appui.
«; Ce sont elles qui ont élu nos chefs et qui les ont conduits; elles ont été notre discipline militaire; elles nous ont appris à essuyer le premier feu de nos ennemis à genoux, et à les attaquer en chantant des psaumes pour porter la terreur dans leur âme. Elles ont changé nos agneau* en lions, et leur ont fait faire des exploits glorieux; e quand il est arrivé que quelques-uns de nos frères on répandu leur sang, soit dans les batailles, soit dans le martyre, nous n'avons pas lamenté sur eux. Nos Inspiration* ne nous ont permis de pleurer que pour nos péchés et poui la désolation de Jérusalem.
«Ce sont elles qui nous ont suscités, nous, la faiblesse même, pour mettre un frein puissant à une armée de pluî de 20,000 hommes d'élite; qui ont animé nos prédicateurs, et qui leur ont fait proférer avec abondance de* paroles qui repaissaient solidement nos âmes.