LIVRE XLI
Pendant que Julien était en route pour se rendre dans les Cévennes, les camisards essayaient de s'emparer de Saint-Germain de Calberte; ils furent obligés, après une attaque vigoureuse, de se retirer devant des forces supérieures aux leurs1. Quelques jours après, le fameux Poul vint coucher dans ce bourg, d'où il partit bientôt après pour Saint-Hippolyte, où il conduisit vingt-huitprisonniers; de là il se rendit à Nîmes où Broglie l'avait mandé; comme il approchait de cette ville, il reçut l'ordre d'aller à la rencontre des camisards qui s'étaient montrés dans la Vaunage; à cette nouvelle, il bondit de joie et il joignit, avec Broglie, les insurgés au Yal-de-Bane. Au moment où il les aperçut, ils chantaient des psaumes. Ravanel les commandait : «Feu», dit Poul à sa troupe. Les camisards essuyèrent bravement son feu, et à leur tour ils firent une décharge avec tant de précision et de justesse, qu'ils jonchèrent la terre de morts et mirent leurs ennemis en fuite.
Parmi les enfants de Dieu, il y avait un jeune garçon nommé Samuelet; il était courageux, hardi, indifférent aux balles qui sifflaient à ses oreilles. Il vit Poul, qui, sur son cheval de bataille, lui apparut comme autrefois Goliath à David, il s'avance vers lui, saisit un caillou, le lui lance à la tête, le renverse de son cheval, se précipite vers lui, saisit son sabre, achève de le tuer, s'empare de son cheval et se met à la poursuite des troupes royales qui s'enfuient en désordre, sous le poids d'une terreur panique, sourdes aux ordres de leur général, qui est obligé, à son tour, de reculer jusqu'aux Devois2 des Consuls, à une lieue du champ de bataille.
Les troupes royales perdirent beaucoup de monde et plusieurs officiers; la perte des vainqueurs fut insignifiante; le bruit de leur victoire arriva à Nîmes. « Poul et Broglie , disaient les fuyards, ont été tués, les camisards arrivent sur nous . » Les bourgeois effrayés fermèrent leurs portes et s'armèrent.
Pendant que la ville était dans la consternation, Cavalier s'y trouvait; il y était entré la veille déguisé; il profita de la panique qui y régnait pour faire une ample provision de