LIVRE XLI
rent sur M. de Marsily, qui escortait un convoi de vivres pour la garnison de Mende, lui tuèrent quatre-vingts hommes et s'emparèrent de ses provisions1. A Anduze, ils .insultèrent M. de Broglie et échangèrent des coups de feu avec les avant-postes et* la garnison qui n'osa pas sortir delà ville. Roland, par une tactique aussi habile qu'audacieuse, s'empara du château de Saint-Félix, passa, à part deux hommes, la garnison au fil de l'épée, incendia le manoir et mit en déroute le vicomte de Saint-Félix, qui courait au secours de la garnison, lui tua une grande partie de ses soldats et exposa, sur le pont d'Anduze, les têtes de quelques-uns de ses prisonniers, en représaille du traitement infligé à son oncle Laporte et à huit de ses compagnons.2
De leur côté, les autres chefs, Joany, Catinat, Salomon, brûlaient les églises, les châteaux, les fermes, immolaient les prêtres , rendaient la pareille à leurs ennemis et laissaient partout d'épouvantables traces de leur passage. Le bruit de leurs sanglants exploits parvint aux oreilles de leurs frères réfugiés, ils manifestèrent leur indignation et leur reprochèrent vivement leurs cruautés3; la cour, de son côté, était alarmée, l'étincelle était devenue un vaste incendie qui s'étendait sans cesse. Chamillard et madame de Maintenon furent contraints de tout révéler au roi et essayèrent d'en faire retomber la responsabilité sur Bâville; mais l'intendant était l'homme de Louis XIV, qui aimait en lui la fidélité du dogue et n'avait pas oublié les services éminents que Lamoignon, son père, lui avait rendus lors des troubles de la Fronde. Il le maintint à son poste.
Les camisards ne furent pas insensibles aux reproches mérités que leur avaient adressés leurs frères réfugiés, mais ils oublièrent bientôt leurs conseils empreints de sagesse et dictés par la charité. Ils recommencèrent leurs sanglantes excursions dès qu'ils virent que leurs ennemis persistaient