LIVRE XXXVI
que M. de Vilette serait ici au mois de février. J'espère que la tendresse qu'il a toujours eue pour moi, l'empêchera de s'emporter, et qu'il démêlera bien au milieu de sa colère, que tout ce que j'ai fait est une marque d'amitié que j'ai pour mes proches.»1
M. de Vilette, à son retour d'Amérique, fut indigné de la conduite de sa cousine; sa colère éclata contre elle dans des lettres qui sont perdues ; mais on peut juger de leur amertume par celles de Madame de Maintenon', qui parvint néanmoins à ses fins et obtint de M. de Vilette luimême une abjuration. Elle rencontra chez sa nièce, pour l'amener à abjurer, moins de difficultés que Madame de Neuillant et les Ursulines de Niort n'en avaient trouvé chez elle. La jeune de Murcay, qui plus tard porta le nom de Madame de Caylus et se plaça au premier rang des femmes spirituelles et galantes de la cour de Louis XIV, nous a tracé, en quelques lignes, dans ses mémoires l'histoire de sa conversion. «A peine ma mère, dit-elle, futelle partie de Niort , que ma tante , accoutumée à changer de religion, et qui venait de se convertir pour la seconde ou la troisième fois, partit de son côté et m'emmena à Paris. Sur la route, nous rencontrâmes d'autres jeunes filles d'un âge plus fait, jeunes filles que Madame de Maintenon réclamait pour les convertir. Ces jeunes personnes , décidées à la résistance, étaient aussi étonnées qu'affligées de me voir amenée sans défense. Pour moi, contente d'aller sans savoir où l'on me menait, je ne l'étais (affligée ni
étonnée) de rien Nous arrivâmes ensemble à Paris, où
Madame de Maintenon vint aussitôt me chercher et m'emmena seule à Saint-Germain. Je pleurai d'abord beaucoup, mais je trouvai le lendemain la messe du roi si belle, que je consentis à me faire catholique, à condition que je l'entendrais tous les jours, et que l'on me garantirait du fouet. C'est là toute la controverse que l'on employa et la seule abjuration que je fis.»8
1. Lettre inédite du 23 décembre 1683, tirée des copies manuscrites de Mademoiselle d'Aumale, qui avait été à Saint-Cyr secrétaire de Madame de Maintenon. — Bulletin de la société de l'hist du prot. franc. , t. II, p. 197.