‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 19 sur 253 · Mémoires de Madame de Caylus · texte numérisé non relu

Mémoires de Madame de Caylus

Quel que fût le zèle des convertisseurs, le talent et l'habileté de quelques-uns, les conquêtes du catholicisme étaient lentes , les protestants rentraient un à un dans le bercail, quand on aurait voulu les y voir rentrer en masse. Ils étaient entêtés et savaient se défendre; de plus, les transfuges avaient tant de motifs humains pour abandonner leur foi que leur abjuration perdait tout le sérieux que doit avoir un acte dont le seul mobile est la conviction. Le clergé néanmoins ne se rebuta pas; il vint en aide à ses convertisseurs et publia ses Méthodes.

Dans ce curieux et singulier arsenal , destiné à fournir des armes aux convertisseurs, on avait recueilli tout ce qui s'était publié contre les protestants. On y voyait figurer Bossuet à côté du curé Véron, Du Perron à côté de Maimbourg, Richelieu à côté de Frizon, Bellarmin à côté de Cotton; c'était un pêle-mêle incroyable. La plus commode des méthodes, parce qu'elle n'exigeait pas de ceux qui l'employaient un grand bagage scientifique, était celle de Bossuet, qui , plus tard, en fit un gros livre. Elle consistait à dire aux protestants: «L'un des caractères fondamentaux de la véritable Église est de ne pas varier; or, luthériens, réformés, anglicans, presbytériens, ont varié, donc vous n'êtes pas la véritable Église.» Quand plus lard, nous parlerons du livre des Variations, du célèbre évêque de Meaux , nous montrerons que l'auteur se frappe luimême avec les mêmes armes avec lesquelles il attaque ses adversaires.

Celles de Bellarmin et de Du Perron conseillaient aux convertisseurs de renoncer aux arguments et aux syllogismes, et de s'en tenir à l'Écriture et à la tradition , expliquées par les Pères des premiers siècles. Cette méthode était absurde au plus haut point, parce que le clergé supposait les réformés capables de comprendre la tradition et les Pères, quand elle les tient pour incapables de comprendre , par eux-mêmes, la Sainte-Écriture. Elle renferme une fraude manifeste, puisqu'on voulait donner à la tradition le même degré de crédibilité qu'à la Bible, lorsque

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