‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 190 sur 253 · LIVRE XLII · texte numérisé non relu

LIVRE XLII

ché de compassion pour une si grande infortune, avait osé lui désobéir.

Près du moulin, il y avait quelques catholiques qui se divertissaient dans un jardin; Montrevel, croyant que c'étaient des huguenots échappés du massacre, les fit passer au fil de l'épée. Pendant qu'on les immolait, ils criaient: « Nous sommes catholiques ! » on fut inflexible ; Nîmes même courut un grand danger; le maréchal fut sur le point de tirer l'épée contre elle; quelques protestants de cette ville avaient commis deux crimes irrémissibles : ils avaient osé se réunir en commun pour prier Dieu malgré les édits et ils avaient interrompu son dîner.

Le lendemain de l'exécution, le moulin fut démoli jusque dans ses fondements ; de ses décombres on retira quatre-vingts cadavres ! 1

Fléchier, de son palais épiscopal, aurait pu voir les flammes du bâtiment, et entendre les cris des victimes; flétrit-il ce massacre? recommanda-t-il de ne se servir, auprès des dissidents, que des armes dont se servit Jésus- Christ? Écoutons-le: cdls osèrent même, le dimanche des Rameaux, tenir une assemblée dans un moulin, sans aucune précaution, et dans le temps que nous chantions vêpres, chanter leurs psaumes et faire un prêche!» Et après ces sèches paroles, pas une phrase, pas un mot, pour déplorer un attentat plus déshonorant pour son Eglise, que funeste aux protestants.

L'exécution sanglante de Montrevel attisa le feu au lieu de l'éteindre; les haines de part et d'autre devinrent plus vivaces et se traduisirent par des actes de cruauté. Le maréchal frappa les insurgés dans leurs parents qui étaient demeurés paisibles. Julien, le fidèle exécuteur de ses ordres, arrêta cent quatre-vingt-dix personnes dans la paroisse deMialet et les fit conduire dans la prison de Salces; de Mialet il alla à Saumane , arrêta trois cents de ses habitants et incendia leur bourgade après l'avoir livrée au

1. Court. — Brueys. — Labaume. — Nap. Peyrat. — Fléchier, Lettres choisies. — Lettre de Montrevel à Ckamiïlart. — Archives de la guerre, vol. 1707, n° 171.

pillage. Montrevel , dans la Vaunage, agissait vigoureusement, arrêtait plus de quinze cents huguenots et condamnait les paroisses à de fortes amendes. Un cri de douleur retentit dans ce beau vallon, appelé la terre de Canaan à cause de sa fertilité et de la richesse de ses habitants.

Le maréchal frappait en aveugle; il ne savait pas qu'au lieu d'affaiblir les insurgés, il leur envoyait des renforts. «Mieux vaut, disaient ceux qui échappaient à ses dragons, mourir les armes à la main , que d'aller ramer aux galères , » et ils couraient au camp des enfants de Dieu, qui avaient poussé un cri de colère, en apprenant le massacre de leurs frères de Nîmes. Cavalier, prompt comme la foudre, tomba sur un village catholique, Montlezan, et le frappa à la façon de l'interdit ; Aurillac et la Salle eurent le même sort. D'Aurillac, le chef camisard alla campera Collet-de-Dèze, où le brigadier Planque, envoyé à sa poursuite, le surprit; il s'échappa et alla se réfugier dans un bois, d'où il se transporta dans un vallon nommé Malle-Bouisse ; là il convoqua les habitants du pays et fit tenir trois assemblées le même jour. Accablé de fatigue, il se retira dans une maison inhabitée, nommée la Tour de Belot, située entre Anduze et Alais. Un meunier, qui avait promis de lui fournir des vivres pour sa troupe, révéla à Montrevel sa retraite. Le maréchal donna à Julien l'ordre de l'amener mort ou vif. Celui-ci partit d' Alais à dix heures du soir, fit habilement ses dispositions et se prépara à attaquer les huguenots par trois côtés à la fois : il s'avança à marches torcées, surprit les sentinelles et les égorgea; un coup de fusil avertit Cavalier, qui donna ses ordres avec la rapidité de l'éclair. Les camisards, réveillés en sursaut, sautent sur leurs armes , mais déjà les ennemis sont au pied de la tour, dont la porte est trop petite pour laisser passer le gros de la troupe du chef camisard; un mur en pierre sèche s'écroule et lui offre un passage par lequel elle s'élance et se trouve en présence des soldats de Planque. Une lutte corps à corps s'engage; on ne se bat pas, on s'égorge; on ne mesure pas ses coups, et dans l'obscurité de la nuit, les camisards frappent les camisards, les papistes les papistes. Ceux des enfants de Dieu qui sont demeurés dans la tour, déchargent leurs fusils à travers les croisées et les menrtrières. Cavalier est admirable de sang-

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