LIVRE XLII
froid et d'intrépidité; mais, voyant que des renforts continuent d'arriver aux assaillants, il donne le signal de la retraite et s'échappe dans le bois de Saint-Benezet; toute sa troupe ne peut le suivre, ceux qui sont demeurés dans la tour, périssent dans les flammes, en chantant des psaumes. Cavalier perdit deux cents hommes, Planque presque le double.1
Cette victoire réjouit Montrevel et lui donna l'espérance de voir prochainement la fin de la guerre; mais il ne s'endormit pas dans son triomphe. Il rendit une ordonnance dans laquelle il défendit aux communautés de donner aucune assistance directe ou indirecte aux insurgés, et leur enjoignit de faire, nuit et jour, la garde autour des avenues de leur demeure, afin de prévenir les autorités de leur arrivée; il les frienaçait des galères et de la confiscation de leurs biens, s'ils ne se conformaient pas à ses ordres.
Il s'était formé au milieu des horreurs de la guerre une compagnie de paysans catholiques, qui, profitant de la confusion qui régnait partout, se livrait au brigandage; on les appelait des cadets de la croix;; , à cause d'une petite croix blanche qu'ils portaient sur leur habit. Ces scélérats renouvelaient le temps des anciennes croisades dont ils rappelaient les cruautés*. Montrevel ne dédaigna pas leur appui, et donna le commandement de cette bande indisciplinée à quatre hommes dignes de les commander.
Le premier, c'était leur chef, était un gentillâtre de Crest, en Dauphiné, nommé La Fayolle. Il avait passé sa jeunesse dans la débauche et s'était retiré pour faire pénitence dans un désert près de Sommières, où il était connu sous le nom de frère François-Gabriel. 'Les camisards brûlèrent son ermitage; le jour où il vit les flammes qui le dévoraient, il leur voua une haine profonde et eut une idée fixe, celle de se venger, et de laver dans leur sang ses nombreux péchés. Il se rendit auprès de Fléchier, lui fit part
ïi Louvreleuil , t. Ier, p. 178. — Labaume, liv. II, — Mémoires de Cavalier.