LIVRE XLII
il assista à une assemblée qui se tint à Vebron, le 11 février 1703. A son retour, il fut saisi de frayeur et avertit Bâville de la violence qui lui avait été faite; l'intendant lui recommanda d'être plus circonspect à l'avenir. Saïgas, craignant de plus en plus pour sa vie, offrit à Montrevel ses services contre ses coreligionnaires, le maréchal les refusa et l'engagea à retourner dans ses terres en l'exhortant à ramener les camisards dans le devoir. Il 'obéit, et sur ses sollicitations, deux chefs déposèrent les armes. Montrevel parut content et le manda à Nîmes. Saïgas craignant de tomber dans un piège , s'excusa ; on l'arrêta et on l'enferma dans le fort Saint-Hippolyte , d'où il fut transféré à Alais.
Le baron, qui jusqu'alors avait été timide et traître à son propre parti, devint tout à coup un homme nouveau; il leva noblement et fièrement la tête, montra le néant des charges élevées contre lui; cent fois il eût gagné sa cause si, au lieu d'avoir des accusateurs, il avait eu des juges. Montrevel n'osa pas cependant demander sa tête ; mais il fit rendre à Alais (27 juin 1708) un arrêt, qui condamnait Saïgas aux galères à perpétuité, le dégradait de sa noblesse, ainsi que sa postérité, confisquait ses biens et ordonnait la démolition de son château des Rousses.1
Cet arrêt, qui n'eut peut-être d'autre cause que le désir de donner un avertissement à la gentilhommerie huguenote," impressionna douloureusement les camisards2, qui résolurent d'enlever le baron. Montrevel changea l'itinéraire de l'escorte du condamné et déjoua ainsi leur projet.
Saïgas fut conduit à Cette; là on lui ôta ses habits de gentilhomme et on lui donna la casaque et le bonnet des forçats, puis on lui assigna pour demeure la galère du chevalier de Rouanais. Le vieillard se montra grand dans ses chaînes et honora les bagnes de Louis XIV comme les bons Français honorèrent les cachots de la république en 1793. Son infortune toucha ses gardiens ; ils le dispensèrent, à cause de son âge, de manier la rame; l'évêque de Lodève et celui de Montpellier, étant venus à Cette, n'eurent pas honte de demander au capitaine de la galère, de faire