‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 198 sur 253 · Brueys, t. III, p · texte numérisé non relu

Brueys, t. III, p

ramer ce malheureux vieillard devant eux. Ce dernier ordonna la manœuvre et fit garnir de rames le banc où Saïgas était attaché et le mit au tiercelot1; les prélats, se souriant l'un à l'autre , regardèrent avec une cruelle avidité le noble vieillard , qui saisit la rame de ses mains faibles et défaillantes, et en frappa trois fois l'eau; il allait continuer, quand le comité dit avec une voix où l'indignation se mêlait au mépris : «C'est assez, à bas les rames,» donnant ainsi une leçon de charité à ces deux prêtres, dans le cœur desquels cette grande infortune n'avait réveillé qu'une cynique curiosité.

Le pieux galérien vieillit sur son banc de forçat et supporta , sans se plaindre, le hâle du jour et le froid de la nuit; son âme se purifia au contact des souffrances; les défaillances qu'il avait eues aux jours de sa prospérité, ne vinrent pas le troubler aux jours de son malheur. Il regarda à Celui qui nous honore, lorsqu'il nous appelle à souffrir pour son saint nom. Si la vie de Louis XIV s'était prolongée de quelques mois , Saïgas aurait expiré sur son banc de galérien. La mort du roi brisa ses chaînes. En 1716, le forçat prit le chemin de Genève, où il retrouva son épouse, et mourut l'année suivante, laissant à l'Église pour leçon et pour héritage, le souvenir de ses faiblesses dans la prospérité et de sa constance dans le malheur. 2

La condamnation du baron de Saïgas fut suivie d'un grand nombre d'exécutions, que les camisards, exaspérés, firent expier durement aux catholiques; depuis longtemps la guerre était commencée, et rien encore n'en faisait pressentir la fin. Les insurgés voyaient leurs cadres, dégarnis par la mort, se compléter presque instantanément par le zèle religieux de leurs frères. Divisés en plusieurs corps, ils se portaient sur tous les points des Cévennes avec la plus grande facilité, et, pleins de confiance dans leurs braves chefs, ils tentaient même l'impossible et étonnaient leurs ennemis par l'audace et l'imprévu de leurs attaques etleurfaci-

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