Sote iv
leur servent de retraite et leur fournissent des vivres; ils seront alors contraints par la disette de descendre dans la plaine où ils se trouveront en présence des troupes royales qui les détruiront facilement.»1
Bâville ne voulait pas cependant frapper les habitants des lieux dont il réclamait la dévastation; il demandait qu'ils pussent se retirer en sûreté avec les effets qu'ils pourraient emporter dans un lieu qui leur serait indiqué. Ce projet, qui devait effacer de la carte de France trenteune paroisses2 et renouveler les scènes horribles et déchirantes du Palatinat, fut d'abord écarté par la cour, malgré l'approbation de Morttrevel, qui appuyait le conseil de Bâville et déclarait qu'il voulait lui en laisser l'honneur 3. Après plusieurs mois d'hésitation, le marquis de la Vrillère envoya la permission si impatiemment attendue.4
Bâville, avec l'énergie qui le caractérisait, assembla un conseil à Alais, dans lequel on débattit les moyens d'exécution. Julien fut chargé de la direction de l'entreprise; le 29 septembre 170*3, la dévastation commença. Les troupes royales, armées de marteaux, de pioches, de leviers, de pelles, quittèrent la plaine et se dirigèrent vers le pays condamné, situé dans la haute terre, formant un rectangle, dont Alais, Meyrueis, Espagnac et Genouillac dessinent les quatre angles. Cette contrée était déjà fameuse par de récents souvenirs; les eamisards y avaient fait subir des défaites aux troupes royales, là se trouvait ce Pont-de- Montvert où l'abbé Du Chayla avait trouvé le salaire de ses crimes, et l'insurrection son berceau.
La destruction, malgré l'ardeur des soldats de Julien, avançait lentement; les maisons étaient construites solidement, et la plupart avaient des voûtes appuyées sur des murs d'une grande épaisseur; elles étaient éloignées les unes des autres; l'hiver, qui arrive de bonne heure dans ces contrées , le manque de vivres et de toutes les choses nécessaires à une armée, ralentissaient l'œuvre des démolis-
1. Louvreleuil, t. II, p. 67 et suiv. — - Brueys, t. III, p. 222 et suiv. — Court, t. Ier, Ht. V, p. 356.
2. Voyez la carte du dépôt de la guerre. — Presque toutes sont situées dans le Gard.
3. Lettre de Montrevel, Archives de la guerre, vol. 1 768, n° 263.