LIVRE XLII
seurs. Julien, qui voyait arriver le moment où le sol serait couvert de neige, demanda la permission de substituer le feu à la pioche et au marteau. 1
Julien attendait la permission demandée, quand Bâville le rappela subitement; les camisards commettaient des ravages considérables autour de Nîmes, et deux voiles avaient paru à la hauteur de Cette. Ces deux vaisseaux apportaient, à la sollicitation des protestants réfugiés, des armes, des munitions et de l'argent aux insurgés, de la part de la Hollande et de l'Angleterre. Ils ne déposèrent pas à terre leur chargement, les camisards n'ayant pas répondu, par des contre-signaux, aux signaux dont on était convenu à Londres. Ils reprirent le large et allèrent rejoindre l'escadre de l'amiral Showel, dont ils s'étaient détachés2. C'est à la même époque qu'eut lieu, en Rouergue, une prise d'armes qui inquiéta sérieusement Bâville; elle avait été ménagée par un protestant de Saint-Laurent-d'Aïgouse, qui habitait Sainte-Affrique, il se nommait Boëton. C'était un ancien capitaine, qui, à beaucoup de courage, unissait une rare habileté et un dévouement sans bornes pour sa cause. Il se mit en rapport avec Cavalier, qui lui envoya trois de ses lieutenants, Catinat, Dayre et Pierrot, avec lesquels il se concerta. Deux cents conjurés avaient déjà reçu le mot d'ordre; d'autres l'attendaient, le jour du rendezvous était indiqué. Catinat compromit tout par sa précipitation: la veille du jour où l'on devait donner avec éclat le signal de l'insurrection , il brûla quelques églises. Castres s'alarma, la noblesse et la bourgeoisie marchèrent contre Catinat, dispersèrent sa troupe et lui firent quelques prisonniers, au nombre desquels était Dayre, qui fut rompu vif à Montpellier.
Boëton , qui était à Sainte-Affrique, ignorant ce qui se passait, se rendit au rendez-vous; n'y trouvant personne , il se retira dans les montagnes et s'empara du château de Ferrières , où il se vit bientôt entouré par les vainqueurs