Court, t. II, d
296 HISTOIRE DE LA RÉFOr.MATION FRANÇAISE.
bourg; dix jours après il est surpris à Vergèze, où le besoin de provisions l'avait attiré; à la vue du danger, il donne ses ordres, fond sur les dragons de Firmaçon, se fraye un passage à travers leurs rangs, et trouve une retraite dans un bois d'oliviers, où le commandant catholique n'ose le poursuivre.1
Tout est tragique dans cette guerre : le jour même de l'affaire de Vergèze, une scène horrible se passait entre Lussan et Vendras; les acteurs étaient une dame jeune et belle, Mme de Jliraman, et les camisards noirs. Ces camisards noirs étaient un mélange de déserteurs, de voleurs de grand chemin, de forçats échappés, ce Ils détroussaient, dit un historien, les voyageurs2, dévalisaient les voitures publiques, déshonoraient, par d'immondes excès, une cause illustrée par le martyre; leur seule ambition était celle du crime; chacun d'eux avait du sang sur la main ; pour n'être pas reconnus, ils se barbouillaient le visage avec de la suie comme des soldats de l'enfer; rebut du Midi, écume impure de tous les États, cette lie fermentait encore par le contact; le chef de ces scélérats était un bouclier d'Uzès. »
Mrae de Miraman allait rejoindre son mari à Saint-Ambroix et avait avec elle une nourrice, une femme de chambre et un cocher ; quatre camisards noirs entourèrent la voiture, firent descendre les voyageurs et forcèrent la jeune dame à les suivre dans le bois. c<,Ces malheureux, raconte la femme de chambre, nous obligèrent de marcher dans le bois pour nous écarter du chemin; ma pauvre maîtresse se trouva si lasse, si fatiguée, qu'elle pria le bourreau qui la conduisait , de permettre qu'elle s'appuyât sur son épaule. ((Nous n'irons guère plus loin,» lui répondit-il. On nous fit asseoir sur un lieu où il y avait du gazon et qui devait être celui de notre martyre. Là, ma chère maîtresse dit à ces barbares les choses les plus touchantes, et d'une manière si douce, qu'elle aurait fléchi
l. Mémoires de Cavalier, p. ?02. — Louvreleuil, t. Il, p. 160. Moret, Quinze ans du règne de Louis XIV, t. Ier, p. 356-357.