LIVRE XLII
rent auprès de Montrevel, qui, malgré son vif désir de décapiter la princesse de l'Aïgoal, permit l'échange.1
Montrevel avait pour lui la cour, Bâville, les évêques, les prêtres ; il pouvait frapper sans craindre qu'on prît son bâton de maréchal pour un assommoir, son glaive pour une hache. Tout le monde soupirait après la fin de la guerre, dût-elle se terminer avec le dernier soupir du dernier huguenot. Digne interprète de ses fratricides sentiments, Montrevel ordonna à tous les bourgs et villages de fermer leurs portes et aux habitants des hameaux voisins de s'y retirer. Il fit abattre tous les fours de la campagne et mettre hors d'état de service les moulins dont les camisards auraient pu faire usage. Outre ces mesures, autorisées par les droits de la guerre, il en décréta d'autres qui ne l'étaient pas. Il fit enlever de leurs demeures, sans forme de procès, des protestants paisibles et les exporta aux îles de Sainte- Marguerite; aux enlèvements il ajouta les massacres: tous les protestants qui furent censés avoir désobéi à l'ordonnance qui leur enjoignait de s'enfermer dans les lieux murés, furent immolés au nombre de plus de six cents. A Saint- André de Valborgne, il se passa une scène étrange, horrible. Un grand nombre de protestants, dont les maisons avaient été incendiées, s'étaient retirés à Aussilargues, paroisse de Saint- André; la faim leur fit franchir les barrières qu'on leur avait prescrites. Planque l'apprit, les fit surprendre au lit et conduire à l'église.
Quelques moments après, cinq femmes ou filles franchirent le seuil de l'église.
«Faites votre devoir,» dit Planque à ses soldats. Ceux-ci portèrent la main à la poignée de leur sabre.
Deux jeunes filles, l'aînée n'avait pas huit ans, s'écrièrent en jetant des cris perçants : «Grâce! grâce! pour notre mère, ne la tuez pas! au nom de Dieu, ne la tuez pas!»
La pauvre mère jeta sur ses enfants un regard de tristesse indicible.
«Grâce ! grâce !» crient les enfants.