Il était intitulé : De la vraie Église
à-dire la Romaine, ne le leur certifiât ; c'était absurde au plus haut degré , car les protestants répondaient avec beaucoup de raison, qu'il n'était pas nécessaire dej'autorité de Rome pour croire à la divinité des Saintes-Écritures, puisqu'ils croyaient sans elle et malgré elle.
Le jésuite voulait, par sa méthode, arracher des mains des réformés les livres saints, ou bien ne les y laisser qu'à la condition qu'ils leur fussent interprétés par l'Église ; ce qui est tout aussi absurde que si une cour souveraine prétendait qu'on ne peut connaître le sens de ses arrêts que par l'interprétation des juges qui les ont rendus.
La méthode, dont l'usage était le plus recommandé, était celle dans laquelle on insistait sur les effets déplorables des schismes dans l'Église. On engageait les convertisseurs à rappeler aux protestants la lutte de saint Augustin avec les Donatistes, afin de leur faire sentir que leur séparation, aux yeux de Dieu, était pire que l'idolâtrie; on posait en fait ce qui était en question, car il ne s'agissait pas de savoir si le schisme est péché ou non, mais si les réformateurs n'avaient pas eu des raisons suffisantes pour se séparer de la communion de l'Église romaine. Le clergé engagea en outre les convertisseurs à provoquer des conférences particulières, à répandre des écrits solides, à faire des sermons et des missions; il leur recommandait d'agir avec douceur, de discuter sans aigreur et sans injures , et de se souvenir de cette belle parole de saint Augustin: «Je ne maltraite pas ceux contre qui je dispute pour en tirer de l'avantage sur eux, je ne cherche qu'à les convaincre et à les sauver.1»
Toutes ces armes, que le clergé mettait aux mains des convertisseurs, étaient fort peu meurtrières; elles ne blessaient que les protestants qui voulaient se laisser vaincre : la lutte se fût ainsi prolongée pendant des siècles sans résultat , car les réformés regagnaient par la foi le terrain que l'intrigue leur faisait perdre. Mais ils trouvèrent un adversaire plus dangereux que Bossuet et Nicole dans l'un de leurs transfuges: on l'appelait Pélisson.
1. On trouve dans les Mémoires du clergé de France, t. Ier, p. 28 et suiv. , des détails très-curieux sur la manière de se servir des méthodes.