LIVRE XLII
davres tombent h terre baignés dans leur sang. C'est le tour de la belle huguenote, qui, les yeux levés au ciel, demande à Dieu de la soutenir dans cette heure suprême de sa vie.
Des religieuses étaient présentes, peut-être pour veiller à la funèbre toilette des morts.... Leur cœur est ému d'une tendre compassion; elles s'approchent de la jeune fille, et lui disent tout bas: «Déclarez que vous êtes enceinte; » elle rougit; et, les éloignant de la main : ((Jamais, » leur dit-elle.
Les soldats, le doigt posé sur la détente de leur fusil, attendent rAue les religieuses se soient retirées.
Celles-ci insistent.
((Jamais,)) répéta l'huguenote.
«Eh bien! nous mentirons pour vous.»
«Cette jeune fille est enceinte, dirent-elles au capitaine; si vous ne voulez pas l'épargner, ayez au moins compassion de son enfant.»
Celui-ci, sans s'émouvoir, dit : «Qu'on aille chercher une sage-femme.»
La sage-femme vint; elle comprit et dit: «Cette jeune fille est enceinte.
— C'est bien , dit Laplace à la sage-femme , vous allez demeurer avec elle en prison, et si d'ici à trois mois il n'y a pas de signe de grossesse, au lieu d'une victime on en immolera deux.»
A ces mots la sage-femme, saisie d'une frayeur mortelle, s'écria: «Non-seulement elle n'est pas enceinte, mais elle est encore une pure jeune fille.»
Le capitaine fait un signe... et bientôt après on entend une détonation: la jeune et belle vierge, frappée mortellement, tombe au milieu des quatre cadavres encore palpitants de ses compagnons d'infortune.1
Ce n'est que dans les guerres civiles et religieuses que, la vase du cœur humain s'agitant jusque dans ses dernières profondeurs, révèle l'abîme de misères où le péché d'Adam jeta sa malheureuse postérité.