‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 211 sur 253 · Court , t. II, p. 179 et suiv · texte numérisé non relu

Court , t. II, p. 179 et suiv

Les cadets de la croix se distinguaient dans les massacres; rien n'était sacré pour ces bandits: le vol, le meurtre, le viol, l'incendie marquaient chacune de leurs étapes; leurs services humilièrent les catholiques et exaspérèrent les camisards, qui usèrent de terribles représailles; ce n'était plus la guerre, c'était le meurtre, l'assassinat. Fléchier a des paroles éloquentes pour raconter ces jours calamiteux:

«Nous sommes, dit-il, dans une ville où nous n'avons point de repos, ni de plaisir, non pas même de consolation. Quand les catholiques sont les plus forts, les autres craignent d'être égorgés; quand les fanatiques sont en grand nombre près d'ici, les catholiques craignent à leur tour. Il faut que je rassure tantôt les uns, tantôt les autres. Nous sommes ici comme bloqués, et l'on ne peut sortir de la ville à cent cinquante pas sans crainte et sans danger d'être tué. — Il n'est pas permis de se promener, ni de prendre l'air. J'ai vu de mes fenêtres brûler nos maisons de campagne impunément. Il ne se passe presque pas de jour que je n'apprenne à mon réveil quelque malheur arrivé la nuit. Ma chambre est souvent pleine de gens qu'on a ruinés ; de pauvres femmes dont on vient de tuer les maris, des curés fugitifs qui viennent représenter les misères de leurs paroisses. Tout fait horreur, tout fait pitié. Je suis père, je suis pasteur; je dois soulager les uns, adoucir les autres, les aider et les secourir tous. L'exercice de notre religion est presque interrompu dans trois ou quatre diocèses; plus de quatre mille catholiques ont été égorgés à la campagne ; quatre-vingts prêtres massacrés, plus de deux cents églises brûlées. » 1

Ces paroles de Fléchier sont vraies ; mais le prélat, avouet-il tout? Dans cette lutte fratricide, catholiques et protestants sont coupables; mais le grand coupable n'est-il pas le clergé, qui, par son inconduite, a contraint les protestants à abandonner le catholicisme romain , et par ses cruautés répétées les a poussés à l'insurrection? et quand

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