‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 212 sur 253 · LIVRE XLII · texte numérisé non relu

LIVRE XLII

à leur tour ils immolent, n'est-ce pas parce qu'ils ont été rendus fous, furieux? le vase de colère dans lequel ils ont puisé leur terrible ivresse, n'est-ce pas Rome qui l'a rempli jusqu'aux bords? nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas excuser l'ivresse; mais nous voulons au moins qu'on soit juste, et que, si le camisard est flétri, ce ne soit pas par un plus grand coupable que lui.

Jamais le rôle d'historien ne nous a été plus pénible que dans ce moment. C'est la rougeur au front et la douleur au cœur, que nous déchiffrons des pages tachées de sang, maculées de honte; mais si le protestantisme nous est cher, la vérité nous est plus chère encore. Homme de parti, nous eussions écrit l'histoire comme Fléchier, comme l'apostat Brueys; mais chrétien, nous l'écrivons sous le regard de Dieu qui hait les plumes menteuses ; nous savons que son arche sainte ne s'abîmera pas dans la fondrière creusée par les péchés des hommes et que les crimes d'Israël n'ébranleront pas sa fidélité; ce qui nous soutient, c'est l'étoile qui scintille à l'horizon sombre, à travers deux nuages entr'ouverts.

Les protestants de Nîmes , alarmés des excès des cadets •de la croix, présentèrent au maréchal un placet dans lequel ils le priaient de mettre un terme à leurs excès et offraient en même temps de marcher eux-mêmes contre les camisards, dont ils désapprouvaient la conduite, tout en insinuant délicatement que leur prise d'armes n'avait d'autre cause que les maux sans nombre qu'on leur avait fait souffrir.

Montrevel répondit aux protestants qu'il blâmait les excès des cadets de la croix, mais qu'il lui était bien difficile dans ce moment de les empêcher d'agir. «Quant à vous, ajoutat— il, allez trouver les camisards, engagez-les à mettre bas les armes et venez ensuite la corde au cou implorer votre pardon; dépêchez-vous, la chandelle brûle aux deux bouts, vous avez tout à craindre.»1

La réponse du maréchal n'était pas sérieuse ; il savait

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