‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 213 sur 253 · Louvrelenil , t. ÏII, p · texte numérisé non relu

Louvrelenil , t. ÏII, p

bien que les camisards ne se présenteraient pas devant lui en costume de suppliants. Il comprit cependant que les cadets de la croix empiraient plus qu'ils ne servaient ses propres affaires. Il rendit contre eux une ordonnance pour réprimer leurs brigandages , mais elle demeura une lettre morte; les camisards se firent alors justice eux-mêmes et coururent après ces bandits comme après des bêtes sauvages: ils en détruisirent un grand nombre; à Garrigues, Cavalier en surprit quatre cents et en tua plus de la moitié.1

En ces jours agités, un jeune gentilhomme huguenot, des environs d'Uzès , suivait avec anxiété , du fond de son manoir, les deux partis sur leurs champs de bataille, et se demandait ce qu'il pourrait entreprendre pour mettre fin à cette lutte terrible, qui menaçait de faire du Languedoc un désert; une idée lui vint, et à dater de ce moment il se dévoua à son exécution avec plus de zèle que d'intelligence; on appelait ce gentilhomme Rossel, baron d'Aigaliers; son projet, qui lui serait venu de Dieu lui-même, si nous devions en croire ses mémoires , consistait à faire terminer la guerre par les protestants eux-mêmes, en intervenant au milieu des combattants, et en forçant. les camisards à déposer les armes. «En agissant ainsi, se disait* le baron , le roi comprendra que nous sommes des sujets fidèles , et que les troubles des Cévennes ne sont que le fait d'une faible minorité , qui ne se fût pas insurgée si elle n'y avait été contrainte par la cruauté des prêtres. » Quelques historiens n'épargnent pas au baron leurs éloges; ils en eussent été plus sobres, s'ils eussent mieux connu les antécédents du malencontreux négociateur. Obligé , comme tous les gentilshommes de son temps, de s'expatrier, le baron d'Aigaliers sollicita de Châteauneuf la liberté de sa femme et de ses enfants , arrêtés , comme ils sortaient du royaume, et enfermés dans des couvents à Montpellier ; jusque-là, sa demande était juste, naturelle, légitime ; mais pour disposer le ministre en sa faveur , il

1. Mémoires de Cavalier, p. 194-195. — Court, t. II, p. 206 et 207 aux notes.

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