‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 214 sur 253 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

demandait, pour lui-même, l'autorisation de rentrer en France et lui faisait pressentir son retour à la foi romaine. — «Je sais, lui écrivait-il , foire parfaitement bien le signe de la croix ; j'aime , j'approuve et je respecte , sans superstition, toutes les anciennes et vénérables cérémonies de l'Église; j'aime et j'approuve les jeûnes, les mortifications, les abstinences et le carême, les pénitences , la confession même et toutes les autres aides qui peuvent servir a élever l'âme à Dieu et à rendre notre dévotion plus ardente. » 1

À la lecture de cette lettre , qui promettait une belle conversion déplus au catholicisme, le ministre n'hésita pas; il accorda la permission demandée et le baron rentra dans son manoir, où il ne fut pas inquiété, parce que, sur la parole d'un prêtre, ami de sa famille, on crut qu'il avait abjuré. Il vécut en paix , abrité derrière ce mensonge, jusqu'au moment où la guerre des camisards éclata.

Les antécédents du gentilhomme nous portent à croire qu'il prit conseil, moins de Dieu que de la crainte devoir son manoir brûlé par les catholiques, s'il se déclarait protestant , et par les camisards s'il se déclarait catholique. La peur est quelquefois une force; ce fut sans doute celle du baron qui, après avoir essayé de faire accepter son projet par quelques protestants influents du Languedoc, se décida à aller à Paris, le communiquer à Chamillart; dans le mémoire qu'il lui présenta, il lui disait :

c(La rigueur et la persécution, dont plusieurs prêtres ont usé dans nos villages, ont fait prendre les armes à quelques habitants de la campagne. Les soupçons que l'on a témoignés aux nouveaux convertis ont obligé quantité d'eux à se joindre aux mécontents. Ils se sont portés à cela pour éviter la prison et les enlèvements, remèdes employés pour les retenir dans leur devoir. Aussi, pour combattre ce mal par le contraire de ce qui l'avait produit et qui l'entretenait, il (d'Aigaliers) croyait que le meilleur moyen dont ou pût se servir , était d'arrêter la persécution , et de rendre

1. Haag, France protestante, art. Rossel, baron d'Aigaliers (Archiv. gén. m. 670 et 674).

aux peuples la confiance qu'on leur avait ôtée, en permettant à tel nombre de gens de la religion, qu'on trouverait à propos d'armer, pour faire connaître aux rebelles que bien loin de les favoriser , les protestants voulaient ou les ramener par leur exemple, ou les combattre , pour faire voir au roi et à toute la France , au péril de leur vie, qu'ils désapprouvaient leur conduite, et que les prêtres en avaient imposé en écrivant à la cour que les gens de la religion favorisaient la révolte. » 1 Le ministre parut goûter le projet du baron.

En ce moment, le Vivarais était devenu le théâtre d'un soulèvement , dirigé , avec plus d'ardeur que d'habileté , par deux nouveaux camisards, Dortial de Chalancon et Abraham Charmasson, d'Arc, près du pont de ce nom. Ils groupèrent autour d'eux une centaine d'hommes, qui brûlèrent des églises, fusillèrent quelques ecclésiastiques. Montrevel mit Julien à leur poursuite; celui-ci les défit, en tua un grand nombre et fit rebâtir les églises aux frais des protestants. 2

Malheureux pour la seconde fois dans le Vivarais, les camisards trouvèrent une large compensation dans une grande défaite qu'ils firent subir aux milices royales. — Montrevel venait d'Assions à Uzès, lorsqu'il apprit que Cavalier était à Saint-Chaptes. Il ordonna à La Jonquière d'aller à la poursuite du chef camisard avec six cents hommes d'élite de la marine. Ce chef, plein de confiance en lui-même , fit rebrousser chemin à un renfort de cent hommes que le maréchal lui avait envoyé. Cavalier , prévenu de son arrivée, battit en retraite et ne s'arrêta qu'aux devois de Martignargues , lieu qui lui parut propice pour attendre le choc des troupes royales. Pendant que celles-ci arrivaient sur lui, il fit ses dispositions pour les bien recevoir. Lorsque La Jonquière fut à une portée de fusil des camisards, il commanda le feu ; au moment où les coups partaient, Cavalier fit un signe; ses gens se couchèrent

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