LIVRE XLII
ses murs, sortit, tambour battant et enseignes déployées, et se dirigea vers Nages. Jamais les camisards n'avaient présenté un aspect plus brillant, jamais leur nombre n'avait été plus considérable. Cavalier se prit à admirer ses soldats, et leur fit faire des évolutions; après quelques heures données à ce passe-temps, ils se retirèrent dans un enfoncement entre Boissières et le moulin à vent de Langlade , où ils espéraient trouver quelques heures de repos. Le fantassin se coucha près de ses armes, le cavalier aux pieds de son cheval , dont il avait la bride passée sous le bras. 1
Cavalier, comme s'il eût eu l'instinct du danger, fit de vains efforts pour surmonter un sommeil accablant; au moment où les troupes de Montrevel arrivaient en masse, avec l'ardeur qu'un vaincu met à réparer sa défaite, les dragons de Fizmarcon, commandés par Grandval, découvrirent les premiers les camisards et se précipitèrent sur eux aux cris de: Tue! tue! Ceux-ci, réveillés en sursaut, crièrent: Aux armes! Cavalier se réveille; ses fantassins et ses cavaliers sont prêts, il leur a fallu le temps de se relever; il les lance sur les dragons, rompt leurs rangs , les met en déroute; sa cavalerie se met à la poursuite des fuyards et laisse derrière elle son chef, dont le cheval est blessé. Arrivés entre Vergèze et Boissière , les camisards se trouvent en présence du régiment de Charolais; ils déchargent quelques coups de fusil , tournent bride et retournent sur leurs pas.
Le bruit de la mousqueterie indique à Montrevel , qui commande le gros des troupes royales , le lieu où se trouvent les camisards; il s'y porte et leur ferme tous les passages. Pris entre deux feux, Cavalier se fraye un passage à travers ses ennemis. A peine se croit-il hors de leur atteinte, qu'il se trouve en face d'un nouveau corps, dont il rompt encore les rangs pour se retrouver, un moment après, dans la même position ; de quelque côté qu'il porte ses regards, ils tombent sur les milices royales; il gagne alors les hauteurs de Nages ; là , son danger lui apparaît plus grand encore : pas une seule issue qui ne soit fermée par les escadrons ennemis. Dans ce moment, le plus critique