‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 220 sur 253 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

du désespoir. Il pensa donc au projet de d'Aigaliers qu'il manda à Alais ; le baron exposa son plan en présence de La Lande et de Bâville, qui le jugèrent ridicule et inutile. Le maréchal ne crut pas devoir passer outre. Le pauvre gentilhomme, ainsi éconduit, ne manqua pas de persévérance, car son projet était dans sa tête à l'état d'idée fixe: malgré sa répugnance à sj trouver en présence de Bâville, il lui parla avec une éloquence si pathétique qu'il fit passer sa conviction dans la sienne, et bientôt après il se présenta devant le maréchal avec quatre-vingts hommes à la tournure martiale et demanda pour eux des armes pour combattre les camisards; on leur en donna; le baron se mit à leur tête, et parcourut les bourgs et les villages, et fit de la propagande parmi ses coreligionnaires. «Engagez, leur disait-il, les camisards à déposer leurs armes et à implorer la clémence du roi.» Bâville, qui ne voulait pas céder à un protestant l'honneur d'apaiser l'insurrection, envoya, de concert avec La Lande auprès de Cavalier, un nommé Lacombe, chez lequel le chef camisard avait, dans son enfance, gardé les brebis, afin de le disposer à des voies d'accommodement.

Le moment pour agir auprès de Cavalier était des plus favorables ; sa défaite de Nages lui avait enlevé son bagage, ses munitions, son argent, ses meilleurs soldats; les protestants étaient consternés et les voiles anglaises qu'on attendait, n'apparaissaient pas à l'horizon pour relever le moral des populations.

A la première ouverture que son ancien maître lui fit, Cavalier leva fièrement la tète: «Nous ne déposerons les armes, lui dit-il, qu'à la condition du rétablissement de l'édit de Nantes.»1

Lacombe rapporta à Bâville cette réponse, qui semblait rendre inutile toute tentative d'accommodement; mais son œil pénétrant avait deviné Cavalier, à certaines paroles qu'il avait prononcées ; il les communiqua à La Lande, qui écrivit au chef camisard pour lui proposer une conférence. «Votre vie, lui dit-il, ne court aucun danger; si vous refusez mes offres, vous devenez responsable, devant Dieu et devant les hommes, de tout le sang qui sera répandu.»

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