‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 221 sur 253 · Brueys, t. LV, p · texte numérisé non relu

Brueys, t. LV, p

Cavalier accepta la proposition de La Lande, et lui écrivit une lettre qu'il chargea Catinat de lui porter; celui-ci, fier de la confiance de son chef, se mit, dit Antoine Court, dans son propre1, et se présenta devant l'officier catholique la tête haute et la contenance fière.

«Qui êtes-vous? lui dit La Lande.

— Le plénipotentiaire du chef camisard ; le chef de la cavalerie du frère Cavalier.

— Quoi ! vous êtes ce Catinat qui a massacré tant de gens sur le territoire de Beaucaire?

— Oui, je suis Catinat, ce qne j'ai fait, j'ai cru devoir le faire.

— Vous êtes bien hardi d'oser vous présenter devant moi.

— Frère Cavalier m'a dit : Va, il ne te sera fait aucun mal , je suis venu, voici sa lettre.

— Cavalier a eu raison ,» répondit La Lande , en la décachetant; après l'avoir lue, il dit à Catinat: «Retournez auprès de Cavalier et dites-lui que dans deux heures je serai au pont d'Avènes avec trente dragons, qu'il y soit avec le même nombre d'hommes.»5

Quelques heures après, les deux chefs s'abouchèrent et conférèrent longtemps; mais jusqu'à présent, les historiens n'ont connu que d'une manière incomplète, les offres de La Lande et les demandes de Cavalier; on peut cependant, sans se lancer dans des hypothèses trop hasardeuses, supposer que le chef camisard ne dit pas : «Hors du rétablissement intégral de l'édit de Nantes, pas d'arrangement;» il dut modifier ses propositions et les réduire aux suivantes : «Liberté de conscience pour les protestants, délivrance des prisonniers, liberté pour lui de sortir du royaume avec sa troupe, ou de servir dans les armées du roi.» Tout ce que dit Cavalier dans ses mémoires sur cette entrevue, ne saurait fixer notre jugement, parce que, fautif sur un grand nombre de points, il s'est privé du droit d'être cru.

La conférence dura plus de deux heures, les deux chefs se saluèrent et se séparèrent; La Lande, avant d'aller re-

1. Expression usitée dans le Languedoc pour dire qu'on revêt ses plus beaux habits.

2. Brueys, t. IV, p. 26. — Louvreleuil, t. HT, p. 105. — Court, t. II, p. 266. — Nap. Peyrat.

Page 1