‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 233 sur 253 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

lier y commandait en maître; ses soldats étaient logés chez les bourgeois et recevaient une nourriture abondante à laquelle ils n'étaient pas accoutumés; comme s'ils eussent, craint une attaque de la part des troupes royales, ils étaient sur leurs gardes; à leur attitude, on les eût pris plutôt pour des assiégés et on ne se fût pas douté qu'ils étaient sous la protection d'un traité.

Calvisson devint le rendez-vous d'un immense concours de protestants des environs, qui voulaient voir, entendre et toucher celui qu'ils regardaient comme leur libérateur; des assemblées nombreuses avaient lieu et des milliers de voix entonnaient des psaumes dont le chant retentissait désagréablement aux oreilles de Fléchier, qui lui eût préféré le son des tambours et des clairons. Lui, ses prêtres et tous ceux qui voyaient dans l'Hermite et les cadets de la croix les vrais défenseurs de l'Église , s'indignaient et blâmaient hautement Villars, qui permettait les assemblées non-seulement dans Calvisson , mais dans toute la Vaunage , où les prophètes s'étaient répandus pour y prêcher, psalmodier et prier sur les ruines des temples. Le maréchal, importuné des lamentations du clergé, qui ne comprenait pas qu'il faisait mieux ses affaires avec sa diplomatie que Montrevel avec son sabre , laissa un jour éclater sa colère. «C'est quelque chose de bien ridicule, dit-il devant Bâville, que l'impatience que les prêtres témoignent à ce sujet. J'ai reçu, je ne sais combien de lettres remplies de plaintes, comme si les prières des camisards écorchaient non-seulement les oreilles, mais encore la peau du clergé. Je voudrais, de tout mon cœur, savoir, qui sont ceux qui m'ont écrit et qui n'ont eu garde de signer , pour leur faire donner la bastonnade ; car je trouve que c'est une imprudence bien grande que ceux qui ont causé ces désordres, se plaignent et désapprouvent les moyens dont on se sert pour les faire cesser. »

Bâville, sur lequel tombait indirectement la bourrasque de Villars, était furieux aussi; légiste, il ne comprenait pas qu'on ne se soumît pas à la loi; royaliste, qu'on s'insurgeât contre son roi. «On ne peut souffrir, disait-il à Villars, un tel scandale. — Voulez-vous mettre le feu à la province?» lui répondait brusquement le maréchal impatienté. 1

i. Nap. Peyrat, t. II, p. 160-161. — Mémoires de d'Aigaliers.

trouver.» Et sans attendre qu'il répondît à ce compliment, elle le fit passer dans sa chambre, et le pria de prophétiser devant elle.

Cavalier garda le silence sa dignité en imposa à la

femme curieuse et légère.

Pendant tout le temps que le jeune chef séjourna à Nîmes, il fut l'objet de l'empressement des protestants, qui s'obstinaient à saluer en lui leur libérateur. Il ne sortait jamais qu'escorté de quatre hommes et précédé d'un de ses gardes qui écartait la foule avec son fusil; dans sa chambre il priait et psalmodiait à haute voix; dans les repas, il prophétisait des temps meilleurs.

Tant que Villars crut que la présence du chef huguenot était utile pour amener des défections parmi les camisards, il le retint près de lui; quand il ne la crut plus nécessaire, il songea à le faire partir; le 21 juin Cavalier, escorté de quinze de ses gardes, quitta la ville et alla coucher à Vallabrègue, où l'attendaient, avec une grande impatience, ceux de ses soldats qui lui étaient demeurés fidèles. Le lendemain matin il traversa le Rhône et remonta la rive droite du fleuve ; partout sa présence excita la plus vive curiosité; à Valence l'évêque l'invita à souper et eut avec lui une discussion religieuse; à Vienne l'abbesse d'un couvent, sœur du maréchal de Villars, lui offrit une collation et le présenta ensuite à ses pensionnaires, étonnées de trouver si jeune et d'une physionomie enfantine, ce guerrier huguenot qui forçait les portes des villes et des bourgs et semait partout l'épouvante et l'effroi; elles lui firent une foule de questions, auxquelles il répondit avec beaucoup de grâce et d'à-propos... Au milieu de cette foule de jeunes filles, animées, joyeuses, curieuses, presque indiscrètes, une jeune pensionnaire gardait le silence , sa physionomie exprimait la tristesse et l'abattement. C'était une orpheline appartenant à une famille noble du Languedoc; son frère, misérable apostat, avait couvert sa cupidité du voile de la religion et l'avait condamnée à la vie monastique; elle s'approcha de Cavalier : «Ayez, lui dit-elle, après lui avoir raconté ses malheurs, pitié de moi; ne m'oubliez pas, faites-moi rendre ma liberté.» Cavalier le lui promit; mais que pouvait-il? Dans ces temps-là les couvents étaient comme la tombe ; ils ne rendaient pas leur proie.

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