LIVRE XLIII
Roland. II lui envoya un nommé Jourdan, qui, moins heureux que Lacombe auprès de Cavalier, échoua dans son message. D'Aigaliers arriva dans ces entrefaites, presque au moment où une flottille anglaise , qui amenait aux camisards cinq cents hommes et beaucoup de munitions de guerre, était dissipée par la tempête1. Le baron fut chargé de se rendre auprès des insurgés en qualité de négociateur. Il les chercha et les trouva à Durfort ; là , en présence d'une nombreuse assemblée, il raconta, en détail, son voyage à Paris et sa visite au roi, et il conclut en disant que le moyen de terminer la guerre et de retirer leurs frères de prison, serait de s'exiler.
«Nous ne sortirons pas de notre pays,» lui répondit vivement Roland, et il combattit, point par point, le discours du baron , qui répliqua. Les camisards et les habitants de Durfort écoutaient ; ces derniers, que l'orateur avait émus en leur faisant un tableau lamentable du sort qui les attendait , s'ils ne se soumettaient pas , fondaient en larmes et auraient voulu que ses conseils fussent écoutés ; mais les camisards montrèrent à d'Aigaliers un visage irrité , qui lui fit craindre pour sa vie ; aussi il n'osa pas partir et passa une nuit très-agitée au château de Durfort. Le lendemain, il prit congé de Roland, qui l'escorta jusqu'à Saint-Hippolyte; le baron écrivit de cette ville à Villars le résultat infructueux de sa négociation. En l'apprenant, Fléchier fut une fois de plus convaincu que la force était le seul moyen de pacifier les Cévennes.2
Villars, irrité du refus de Roland , recourut encore une fois , à son grand regret , à de nouvelles mesures de rigueur ; il fut trop bien secondé par ses lieutenants et les cadets de la croix; les enlèvements se firent en masse, les prisons et les galères reçurent de nouveaux hôtes3. Un cri de douleur retentit dans les Cévennes ; il ne parvint pas jusqu'à Versailles, les ministres faisaient bonne garde à la porte de la demeure royale ; s'il y fût parvenu, le maître s'en serait- il ému? c'est fort douteux; peut-être, dans sa colère, eût-il signé un nouveau plan de dévastation.