Lettres choisies de Fléchier, 177, en août
3. Labanme, liv. Ht. — Brueys, t. III, p. 192. — Louvreleuil, t. 111, p. 167. — Court, t. 111, p. 38 et suiv.
Les camisards comptaient encore environ trois mille fantassins et deux cents cavaliers, nombre suffisant pour tenir en échec les troupes royales , s'ils n'eussent manqué de munitions de bouche et de guerre. Leur camp présentait un spectacle unique, étrange, digne à la fois de pitié et d'admiration.
« J'ai vu à la troupe où j'étais, dit un témoin oculaire, plusieurs hommes armés de fourches et de bâtons, d'autres n'avoir qu'un bâton, sans souliers, sans habits, enfin, d'une manière pitoyable, sans se dépouiller jamais, que lorsqu'ils vont chez leurs pères, qui leur donnent des chemises blanches (propres) et (auxquels ils) laissent celle qu'ils portent sur leur corps. Toujours couchés à la campagne, cet état ne les rebute point; au contraire, ils sont tranquilles, fermes, et, louant Dieu de ce qu'il leur a inspiré de combattre pour sa cause, ils prient Dieu sans cesse et avec un si grand zèle qu'il semble qu'ils soient collés à notre Seigneur Jésus-Christ. 1 »
Le cœur se serre de douleur à la vue de ces infortunés luttant contre la faim, l'abandon et le découragement. Si leur courage excite notre admiration, leur persévérance à réclamer leurs libertés religieuses l'excite plus encore. Malgré leur état complet de dénûment, on est porté à croire que Villars eût prolongé son séjour en Languedoc , s'il ne s'était trouvé un homme pour lui vendre le sang de Roland. Ce traître était un jeune camisard, l'agent de confiance du chef cévenol.
Roland, par ses manières distinguées et son héroïsme, avait touché le cœur d'une jeune fille noble, M1Ie de Cornelly, qui s'était éprise pour lui d'une passion mystique et romanesque2; elle se joignit aux camisards et accompagna Roland dans ses courses, sans que jamais il courût sur sa vertu le moindre soupçon. Montrevel la fit prisonnière et l'enferma dans un couvent. Villars lui rendit la liberté et
1. Mémoires manuscrits de Rocayrol, trouvés dans les archives de Tintendance du Languedoc, c. 185.