LIVRE XLIII
lui offrit 400 pistoles, dans l'espérance qu'elle userait de son influence pour engager Roland à déposer les armes; la perspective d'une prochaine union ne la tenta pas, elle refusa noblement.
«Roland, dit-elle , ne veut pas se rendre, l'esprit le lui défend.» De son côté, le chef des enfants de Dieu demeurait inaccessible à toutes les séductions et disait: «Je ne me jetterai pas dans la gueule du lion1.» Mais l'heure approchait où un Iscariot allait livrer, pour cent pièces d'or, celui qui était sorti vivant de cent combats et que Villars avait essayé vainement de faire tomber dans les filets où il avait pris Cavalier.
Le 13 août 1704, le chef camisard, accompagné de Mlle de Cornelly , alla coucher au château de Castelnau, situé entre Uzès et Kers. Parate en fut prévenu par l'agent de confiance de Roland , et se dirigea, à la nuit tombante, vers le vieux manoir. Roland dormait, quand, tout à coup, une sentinelle donne du haut de la tour le signal d'alarme. Les camisards se réveillent en sursaut et décampent au milieu du tumulte le plus effroyable ; les dragons de Parate les poursuivent, l'épée dans les reins, en leur criant : «Rendez-vous! bas les armes ! » Ils cherchent parmi les fuyards Roland ; ils l'aperçoivent enfin. Celui-ci, se voyant sur le point d'être atteint, s'est adossé au tronc énorme d'Un vieil olivier ; là il attend avec une froide intrépidité ceux qui ont reçu l'ordre de le saisir vivant .... Sur les trois premiers, qui s'approchent, il lâche trois coups d'espingole et les étend roides morts; il porte alors la main à sa ceinture, garnie de pistolets, et se dispose à faire feu, quand un dragon , furieux de la mort de ses compagnons, décharge sur lui son fusil à bout portant. Roland ne poussa pas un soupir; il était mort. Ses braves compagnons, Guérin, Grimaud, Maillé, Raspal et Conterau, qui se défendaient à ses côtés , laissèrent tomber les armes de leurs mains et se jetèrent en pleurant sur le corps inanimé de leur brave