‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 240 sur 253 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

de Cavalier , a sa place marquée à côté de celle du pâtre de Ribaute, ni au-dessus, ni au-dessous. Ces deux chefs se complétaient : Cavalier avait plus d'élan, Roland plus de prévoyance; le premier rappelle Andelot, le brave des braves; le second, l'indomptable et patient Coligny. Cavalier se battait souvent pour le plaisir de se battre , Roland poursuivait toujours un but. Tous les deux, ils firent des prodiges de valeur, et étonnèrent Villars, un maître dans l'art de la guerre, Cavalier par ses brillantes improvisations , Roland par la profondeur de ses combinaisons. L'un et l'autre exercèrent une influence puissante sur leurs soldats et leurs lieutenants, et servirent la même cause, le premier avec l'enthousiasme de la jeunesse, le second avec les réflexions de l'âge mûr. Il ne leur manqua qu'une éducation militaire et un plus vaste théâtre pour se placer, Cavalier à côté du grand Condé, Roland à côté de Turenne. Ils firent tous les deux leur entrée triomphale dans Nîmes; le premier sur son cheval de bataille, au milieu des acclamations enthousiastes des huguenots ; le second sur son char funèbre, au milieu des cris, des larmes et des sanglots de ses frères. Le nom de Cavalier est devenu un nom presque légendaire ; celui de Roland demeure à demi voilé, et cependant le chef ne le cède en rien à son lieutenant , qu'il surpasse en grandeur morale. Puissent ces lignes rendre au neveu du brave Laporte, dans le souvenir des protestants, la place qu'il occupa parmi ses braves camisards,

La défection de Cavalier avait affaibli l'insurrection ; la mort de Roland la décapita ; elle ne lui laissait pas un chef, mais des lieutenants, qui eussent pu tenir longtemps encore la campagne , s'ils se fussent nommé un généralissime. Les affaires de Louis XIV étaient en mauvais état, la bataille de Hochstedt, dans laquelle son armée fut décimée, l'aurait peut-être décidé à faire aux camisards les concessions que lui demandait Roland ; mais malheureusement là où nul ne sait obéir, personne ne sait commander; aussi le jour où les camisards perdirent leur brave

chef, ils ressemblèrent à un vaisseau privé de son gouvernail.

De nouveaux malheurs vinrent rendre plus fâcheuse la position des insurgés ; Catinat fut surpris près de Marnége , dans la Vaunage , dans une vigne où il se reposait. Deux de ses gens furent tués, et il ne s'échappa qu'avec peine; une perte bien plus sensible pour eux fut la prise des magasins où la prévoyance de Roland avait entassé de grands approvisionnements ; Villars la compléta , en ordonnant à tous les gens de la campagne de se retirer dans les lieux qui leur seraient indiqués , avec leurs meubles, leurs vivres et leurs bestiaux, sous peine d'être fusillés. Le maréchal n'employait ces moyens extrêmes qu'à regret et leur préférait les négociations. Il mit de nouveau en campagne d'Aigaliers, qui, dégoûté de son rôle de médiateur, refusa d'abord, puis se soumit.

Le baron partit d'Alais et alla à Thoiras, où il gagna vingt camisards, qui promirent de déposer les armes à la condition qu'on accorderait la permission de sortir du royaume à tous ceux des protestants qui voudraient en profiter.

Encouragé par ce premier succès , le baron se mit à la tête de ses vingt prosélytes et alla aux environs de Saint- André-de-Valborgne, conférer avec La Roze, qui commandait trois cents hommes. Ce chef était presque gagné, quand, tout à coup, sa troupe se mutina. La vie du baron courut de grands dangers et il s'échappa, du côté des montagnes, avec ses vingt camisards, dont le nombre augmentait chaque jour; peut-être aurait-il réussi à désorganiser les insurgés, s'il ne fût pas devenu suspect, grâce aux insinuations malveillantes de Bâville, qui le haïssait, à cause de l'influence qu'il lui supposait dans ses négociations. Le pauvre gentilhomme, suspect aux uns et aux autres, reçut l'ordre de quitter le royaume. Suivi de trente-trois hommes , il arriva à Genève , le 23 septembre 1704. La carrière diplomatique, dans laquelle il avait desservi ses coreligionnaires, en les servant maladroitement^ était terminée ; il végéta à l'étranger, où il se trouva sans ressources ; forcé par le besoin, il résolut de retourner dans sa terre d'Aigaliers; il fut arrêté à Lyon par le prévôt des marchands de cette ville et conduit au château de Lorche en Anjou, où il termina misérablement ses jours; ayant

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