‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 241 sur 253 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

tenté une évasion, il fut tué d'un coup de fusil que lui tira un* factionnaire.

Quel que soit le peu de sympathie que nous inspire ce gentilhomme par le sot rôle qu'il joua dans la guerre des camisards, on ne peut, cependant, se défendre d'un sentiment de compassion à la vue de ses infortunes ; certainement il y a dans sa vie des taches , mais ne sont-elles pas rachetées par un fond réel d'honnêteté? il ne manqua pas de courage; s'il ne proclama pas sa foi sur les toits, au moins, après sa première défaillance, il ne la renia pas dans des occasions solennelles; s'il se jeta dans le labyrinthe des négociations où il fut plus droit qu'adroit, il ne le fit pas pour écarter la foudre de dessus sa tête; son grand tort fut d'être un maladroit ami. Revenons aux camisards.

Ils furent surpris par Villars à Saint-Benezet, où il leur fit subir une grande défaite. Ravanel, qui les commandait , courut de grands dangers, et ne s'échappa qu'avec peine; la guerre paraissait terminée, et ce qui resta des camisards ne se réunit plus que par petits pelotons, auxquels on donna la chasse comme aux bêtes sauvages. Le maréchal, toujours fidèle à sa politique, promit une amnistie à tous ceux qui feraient leur soumission. On accourut en foule auprès de lui; les chefs hésitèrent d'abord, puis ils arrivèrent à leur tour, cédant devant la nécessité. Catinat, Gastanet, Joanny, La Lande, Salomon et plusieurs autres firent leur soumission aux meilleures conditions possibles et sortirent du royaume , munis de passe-ports. Le maréchal promit la délivrance des prisonniers et donna l'assurance que ceux qui resteraient dans le royaume, ne seraient pas inquiétés.

L'arrivée à Genève des chefs camisards surprit étrangement les habitants de cette ville; leurs exploits, dont on racontait, depuis leur prise d'armes, les mervjeilles, les avaient grandis dans leur imagination et élevés à la taille des héros d'Homère. En effet, ces hommes, que Fléchier traitait de gueux et d'ignorants, étaient sans apparence, de

pauvre mine, la plupart sans lettres, et cependant ce furent ces paysans qui, pendant plus de deux ans, réduits à leurs seules forces, résistèrent à vingt mille hommes de troupes réglées, à près de cinquante mille bourgeois armés, eurent l'honneur d'être attaqués par deux maréchaux de France, et traitèrent avec le dernier. On ne comprend pas l'aveuglement des ennemis de Louis XIV, qui eussent pu si facilement l'éloigner de leurs frontières en l'occupant chez lui. Dix mille hommes de bonnes troupes suffisaient, et le grand roi eût été forcé de rétablir l'édit de Nantes sur les ruines fumantes des villages cévenols.

Il se présente maintenant une question devant laquelle nous ne pouvons pas ne pas nous arrêter. L'insurrection des Cévennes fut-elle légitime?

Nous avons, au second volume de notre histoire, examiné la question de l'obéissance aux pouvoirs établis , et nous sommes arrivé à cette conclusion que ce qu'on appelle le droit divin des rois, droit qui inféode, selon quelques publicistes, le pouvoir à certaines familles, est une erreur historique condamnée par la sainte Écriture et par l'histoire; que tous les pouvoirs, bons et mauvais, sont établis de Dieu pour bénir ou châtier les peuples ; qu'il y a entre celui qui commande et celui qui obéit un contrat synallagmatique par lequel le sujet doit obéissance au prince et le prince justice et protection au sujet; que si le sujet est insoumis sans cause, il doit être puni, et que si le prince forfait à son devoir, il doit en porter la peine.

Ces principes nous paraissent hors de toute discussion ; mais aux heures de lutte il est difficile, ou plutôt impossible de prononcer; ce n'est que longtemps après le combat qu'on peut faire aux partis leur part d'éloge et de blâme et dire si une insurrection fut un crime ou une vertu.

Pour juger sciemment et avec une parfaite connaissance de cause Ja terrible insurrection des Cévennes, il est nécessaire de porter un regard en arrière du jour où du Chayla tombait frappé par cinquante-deux coups de poignard dans son abbaye de Pont-de-Montvert. Les Cévenols,

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