Élie Benoît, t IV
Marillac utilisa l'argent que Pélisson lui envoya ; mais son génie inventif lui fit trouver un agent plus aclif encore que celui que le trop célèbre académicien mettait à sa disposition. Il y avait dans le Poitou des impôts arriérés qu'il était urgent de faire entrer dans les caisses vides de TÉtat. Marillac donna l'ordre aux archers et aux sergents, chargés de ce recouvrement, d'exhorter tous les réformés à se faire catholiques et de leur déclarer que, s'ils s'y refusaient, on les forcerait à payer tous les arrérages, et qu'on logerait chez eux, les troupes qu'on devait envoyer dans les paroisses pour en hâter le paiement. Les menaces furent suivies d'une prompte exécution. L'intendant déchargea les nouveaux convertis, au préjudice de leurs anciens coreligionaires , des arrérages de l'impôt et des logements militaires, et fit envahir plusieurs maisons protestantes par une soldatesque qui ne respectait rien. Les réformés poitevins eurent peur : un grand nombre abjura. Marillac, fier de ses succès, envoya à Louvois une liste de conversions, qui étonna \e ministre et lui suggéra sans doute l'idée d'employer les troupes, alors inoccupées, à la conversion des protestants; bon juge du mérite de son subordonné, Louvois lui écrivit le 18 mars 1681 la lettre suivante :
«Sa Majesté vous sait beaucoup de gré de l'application que vous donnez à multiplier le nombre des conversions, et elle désire que vous continuiez à y donner vos soins, vous servant des mêmes moyens qui vous ont réussi jusqu'à présent. Elle a chargé Monsieur Colbert d'examiner ce qu'on pourrait faire pour, en soulageant dans l'imposition des tailles ceux qui se convertiraient, essayer de diminuer le nombre des religionnaires. Elle m'a commandé de faire marcher au commencement du mois de novembre prochain un régiment de cavalerie en Poitou, lequel sera logé dans les lieux que vous aurez soin de proposer, entre ci et ce temps-là, dont elle trouvera bon que le plus grand nombre des cavaliers et officiers soient logés chez îes protestants; mais elle n'estime pas qu'il les y faille loger tous, c'est-à-dire que de vingt-six maîtres, dont une compagnie est composée, si, suivant une répartition juste, les religionnaires doivent en porter dix, vous pouvez leur en faire donner vingt, et les mettre tous chez les