‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 32 sur 253 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

aux protestants d'abjurer : ils refusèrent. Il gagna alors quelques gentilshommes et un avocat célèbre, nommé Satus, qui, de concert avec le marquis, convoquèrent une assemblée générale, dans laquelle Us déclarèrent que le désir du roi était de voir ses sujets, de la religion prétendue réformée, embrasser la sienne. L'assemblée n'étant pas très-nombreuse, on en convoqua une nouvelle pour le lendemain; cent cinquante personnes environ furent présentes, dont trente qui ne savaient ni lire, ni écrire. Séance ténante, sans autre argument que la volonté de Sa Majesté, les descendants de ces braves Montalbanais, qui avaient vu, du haut de leurs remparts, un roi décamper déclarèrent «que leur séparation n'avait pas de cause légitime, et qu'ils étaient heureux de rentrer sous le glorieux règne du roi très-chrétien, dans le sein de l'église catholique, apostolique et romaine. »

Le marquis de Bouflers avait obtenu un beau triomphe; cent cinquante conversions dans une matinée! mais son succès se fût borné là, si ses missionnaires bottés ne l'eussent aidé à le compléter. Quatre jours de travail leur suffirent pour réduire Montauban à un étal pire que celui d'une ville prise d'assaut. Il y eut cependant des hommes droits qui ne voulurent pas se déshonorer par une honteuse apostasie; de ce nombre furent les barons de Mombeton, de Vicose, de Mauzac, dePéchels de la Buissonnade. Avant de lancer les dragons sur ces hommes honorables, on résolut, de concert avec l'évèque, de leur surprendre une abjuration. On les fit avertir à l'insu les uns des autres , qu'ils pourraient éviter le pillage de leurs maisons, en faisant une visite au marquis de Bouflers ; ils donnèrent dans le piège. Le baron de Mauzac arriva le premier; le marquis l'engagea poliment à changer de religion : il refusa. «Mettez-vous à genoux, lui dit l'évèque, et je vous donnerai l'absolution d'hérésie.» — ((Jamais,» dit M. de Mauzac, en jetant sur lui un regard de dédain. Une porte s'ouvrit, quatre hommes entrèrent dans la chambre , s'emparèrent de lui, lui donnèrent un croc en jambe et le tirent tomber. Le baron, vivement impressionné par cette insolente hardiesse, s'évanouit; il ne reprit ses sens que longtemps après.

Un chevalier de Malte , indigné de cette singulière ma-

nière de convertir, le prit sous sa protection. «Vous répondez de son salut, dit l'évêque.» — «Oui, répondit le chevalier. Ce ne fut pas lui qui le convertit : les dragons lassèrent plus tard sa patience parles veilles qu'ils lui imposèrent; il signa un acte d'abjuration; bientôt après il pleura sa faute, abandonna ses biens et quitta la France.

Le baron de Mombeton arriva après M. de Mauzac ; on renouvela avec lui la scène du croc en jambe; mais il se releva aussitôt et mit la main sur la garde de son épée; son attitude fière et indignée effraya les convertisseurs, qui le laissèrent sortir.

Le baron de Vicose vint le dernier; c'était un vieillard de soixante et quatorze ans. Ses cheveux blancs n'inspirèrent ni respect, ni pitié aux acteurs de cette profane comédie. On le traita comme les autres; mais il ne tomba pas parterre, grâce à ses éperons. Il apostropha l'évêque, auquel ses paroles vigoureuses fermèrent la bouche. L'année suivante il fut condamné aux galères; on intercéda pour lui, et l'on considéra comme un acte admirable de clémence que le roi ne l'eût pas envoyé à Toulon ramer avec les forçats.

Le baron de La Mothe évita le piège et ne se rendit pas chez M. de Bouflers; il fut puni par la perte de deux belles maisons qu'il avait. Plus tard, la misère et la prison lui extorquèrent une abjuration.

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Les convertisseurs ajoutèrent à la fourberie la cruauté. Trente-huit cavaliers pénétrèrent dans la maison du baron de Pechels de la Buissonnade; ils enfoncèrent les portes, brisèrent les meubles, convertirent les plus belles salles en écuries, et ne laissèrent pas au baron un lit où il pût reposer la nuit. La marquise de Sabonnières, sa femme, était enceinte et sur le point d'accoucher; cette infortunée, chassée violemment de sa demeure, n'emporta avec elle qu'un berceau; ses quatre enfants, dont l'aîné n'avait pas sept ans, suivaient leur père et leur mère. Cette grande infortune ne toucha pas les cavaliers; du haut des fenêtres, ils jetèrent sur eux plusieurs cruches d'eau. Quand la maison fut pillée, on leur ordonna d'y rentrer

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