LIVRE XXXVI
ils les exhortent à la vigilance, à la patience, à l'amour de leurs ennemis, et à la haine de leurs faux principes; quant au roi , ils n'ont pas une seule parole de murmure contre lui. «Il faut, disent-ils, prier Dieu qu'il lui fasse la grâce de comprendre que ses sujets dissidents n'ont que de bonnes intentions et sont affectionnés à son service.»
Les réfugiés priaient aussi pour leurs frères affligés : le dimanche dans leurs assemblées, le soir au foyer de la famille , ils demandaient au Dieu des armées de se souvenir de son pauvre peuple de France, et de lui donner la joie de ceux qui sont persécutés pour son service.
«Si l'on ôte, disaient-ils, aux compagnons de notre foi, l'exercice de leur religion, si l'on ferme leurs temples, si l'on supprime leurs écoles, veuilles être toi-même, ô Saint- Esprit, leur docteur secret et le consolateur de leurs âmes; s'ils ne peuvent ouïr extérieurement ta parole, parle à leurs cœurs par la voix de ta grâce , afin que leur esprit psalmodie au Seigneur, et chante ses immortelles louanges dans le temps qu'il leur est défendu de les chanter de leur bouche.
«Si on les prive de leurs biens, fais, ô Dieu, qu'ils en reçoivent avec joie le ravissement, sachant qu'ils ont une meilleure chevance permanente dans les cieux; s'ils sont exilés de leur patrie, imprime, Seigneur, dans leur âme , cette consolation que celui qui porte Jésus-Christ avec foi n'est exilé en nulle part et trouve partout sa maison.
«Si on les maudit, si on les méprise, s'ils soni privés de leurs honneurs, fais, ô père céleste, qu'ils estiment plus grande richesse l'opprobre de Christ que les trésors de l'Egypte, et qu'ils choisissent plutôt d'être affligés avec le peuple de Dieu que de jouir pour un temps des délices du péché;
« S'ils sont menés dans les lieux où il faille rendre raison de leur foi, donne-leur, ô Éternel, une bouche et une sagesse à laquelle leurs adversaires ne puissent contredire ni résister; accomplis eu eux, ô Jésus, qui es la bouche de la vérité, la promesse que tu as faite: «il vous sera donné dans ce moment ce que vous aurez à dire;»
«S'ils sont entraînés dans les cachots obscurs, toi, ô Seigneur Jésus, qui es la vraie lumière du monde, sersleur de charité et de soleil, délivre-les selon ta volonté,
comme saint Pierre, et suscite des personnes miséricordieuses qui prient incessamment pour eux comme on priait pour ce même apôtre;
« S'ils sont conduits à la mort et destinés au martyre , ô Dieu de toute consolation, change l'amertume de la mort en douceur, et fais que , par un vif sentiment de ton esprit, ils aient l'âme pleine de joie comme autrefois les martyrs. » 1
Que faisait -on à Versailles pendant que les églises étaient courbées sous la croix? Quelques évêques élevaientils la voix pour rappeler au monarque que le Christ n'est pas venu pour faire souffrir, mais pour souffrir? Un journal de l'époque va nous l'apprendre :
«Le soir, raconte cette feuille, il y eut comédie italienne, mêlée de danses et de musique. Les danseuses, la princesse de Conti, Mesdames de Roquelaure, de Choiseul, de Seignelay; Mesdemoiselles de Piennes, de Nantes, d'Uzès, d'Estrée, d'Hamilton, Pécour et Favier (danseurs de profession) dansèrent avec elles, et MM. de Brionne, de Liancourt, de Tingry, de Cossé, dansèrent avec la seconde troupe de dames. Quelquefois, les seigneurs et les dames dansaient dans les opéras. On joua l'opéra d'Atys, que Madame la dauphine n'avait pas vu. Mademoiselle de Nantes a dansé dans les entrées, et représentait une petite nymphe de la suite de Flore. Quatre zéphirs augmentaient encore la beauté de cette entrée: l'un d'eux était représenté par M. le comte de Guiche. Dans le deuxième acte, Monseigneur dansait une entrée d'Egyptiens. 11 était accompagné de Monsieur le prince de la Roche-sur-Yon, de M. le comte de Vermandois, de M. le comte de Brionne et de^M. de Moneurs. Dans la même entrée, étaient mêlées cinq Egyptiennes, représentées par Mesdemoiselles de Lislebonne, deTonnère, de Commercy, de Loubes et de Laval. Monseigneur le dauphin représentait un dieu marin dans le quatrième acte , il était suivi des mêmes seigneurs que je viens de nommer. M. le comte
1. Gette prière se trouve à la fin du petit écrit susmentionné.