LIVRE XXXVII
Papillon, secrétaire de la compagnie, était à sa droite. L'official et les ecclésiastiques de sa suite prirent place derrière eux; la séance fut ouverte.
L'intendant fit connaître, en peu de mots, qu'il avait Tordre d'assister à la signification de l'avertissement qui devait être faite au nom du clergé. L'official voulut prendre la parole, Claude le prévint, et dans un discours bref, court, modéré, mais bien raisonné, il réfuta le contenu de l'avertissement, et termina par des paroles de soumission et de fidélité au roi et de confiance en sa bonté et en sa justice.
L'intendant parla de nouveau, fit l'éloge du pape, du roi et de l'archevêque de Paris; immédiatement après, l'official procéda à la lecture de l'avertissement; il avait à peine commencé, que l'assemblée réunie dans le temple entonna un psaume. L'official insista auprès de l'intendant pour qu'on fit cesser le chant. L'un des membres du consistoire fit observer qu'il faisait partie du service et qu'il durerait peu.
De Menars fit suspendre la lecture, qui fut reprise quand les chants eurent cessé. Lorsqu'elle fut terminée, Claude, s'adressant à l'intendant, lui dit : «Vous devez, Monsieur, juger où va notre respect et notre soumission pour les ordres du roi , par le sacrifice que nous lui avons fait de la douleur et de la mortification avec laquelle nous avons entendu cette lecture. » L'official remit à Claude un exemplaire de l'avertissement avec un acte de signification signé de lui et des notaires apostoliques; la séance fut levée.
La conduite du consistoire de Paris servit de modèle à toutes les églises; partout les pasteurs montrèrent beaucoup de dignité et de soumission. A Caen, Du Bosc prononça un discours, dont les prêtres furent mécontents; dans quelques églises, notamment à La Rochelle et à Sedan , des altercations violentes eurent lieu.
Les églises, privées de leurs synodes nationaux, étaient abandonnées à leur propre sagesse ; elles ne savaient souvent que décider. Plusieurs écrits furent publiés pour leur
défense, mais ne produisirent aucun résultat; le glaive était suspendu sur leurs têtes; les arrêts iniques succédaient aux arrêts iniques; chaque jour l'exercice du culte était interdit dans quelque localité et des temples étaient abattus. A chaque pan de mur qui tombait, le clergé battait des mains; les protestants étaient consternés, et ne pouvaient plus se faire illusion. L'édit, acquis au prix de tant de sang versé, n'était plus, pour eux, qu'une lettre morte; encore quelques jours, et il ne restera qu'un souvenir de l'œuvre réparatrice de Henri IV. Comment en auraient-ils douté en présence de leurs temples en ruines et des rigueurs des parlements; celui de Toulouse, dans un seul mois (janvier 1683), avait fait arrêter trente ministres et soixante pères de famille, tous habitant la province du Languedoc; dans cette extrémité les réformés du midi résolurent de tenir une assemblée secrète à Toulouse , dans la pensée qu'on ne les soupçonnerait pas de s'être réunis dans une ville célèbre par son fanatisme. Au jour indiqué leurs députés s'y rendirent; le rendez-vous était chez Claude Brousson.
Claude Brousson, né en 1647, à Nîmes, avait fait ses premières études dans cette ville. Après avoir pris son grade de docteur en droit, il alla exercer la profession d'avocat à la chambre mi-partie de Castres, qu'il suivit à Castelnaudary lorsqu'elle y fut transférée. Pendant vingt ans il fut l'actif et intelligent défenseur des pauvres et des églises; simple dans ses manières, mais doué de l'énergie que donnent la foi chrétienne et l'amour fraternel, il ne craignit pas de se mettre à la brèche pour défendre ses frères opprimés, et fut souvent sur le point de se voir interdire ses fonctions, dont on ne lui laissa l'exercice que par un sentiment de pudeur. Sa réputation d'habile avocat, son honorabilité, l'influence qu'il exerçait parmi les protestants, tentèrent les convertisseurs; ils lui offrirent une place de conseiller au parlement de Toulouse : il refusa avec indignation.
Les députés réunis chez Brousson au nombre de seize1, prirent la résolution de rouvrir les temples qui avaient été
1. Le Languedoc avait envoyé 6 députés; le Vivarais, les Cévennes et le Dauphinê, 10.